Petit dîner entre amis...

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Petit dîner entre amis...
@ Reuters
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A Washington et à Paris, on prépare la visite officielle de Nicolas Sarkozy à la Maison Blanche.

Appelez ça comme vous voulez. Si vous êtes mauvaise langue, ce sera un cadeau de consolation mais si vous pensez que la diplomatie ne cesse de se réinventer et qu'il faut savoir parfois trouver les formes pour illustrer une entente de fond, le petit dîner qui réunira les deux couples présidentiels dans la salle à manger privée des Obama sera "le clou" de cette visite officielle.

On dit du côté français que Nicolas Sarkozy n'a pas à être consolé. S'il n'est que le 25ème chef d'Etat reçu à la Maison Blanche et le 10ème européen à franchir les portes de 1600 Pennsylvania Avenue depuis l'investiture du président Obama, c'est juste parce que les calendriers ne concordaient pas et parce qu'on a jamais trouvé le format idoine. Les américains prétextent de leur côté que Barack Obama s'est rendu deux fois en France en moins d'un an et que c'est déjà un bel honneur rendu à notre pays. Mais si ce petit diner entre couples est une première pour un chef d'Etat européen, c'est tout de même bien pour faire oublier que neuf autres leaders de l'Union se sont rendus dans le Bureau Ovale avant Nicolas Sarkozy. Et pas des moindres ! Le Premier ministre britannique Brown, la Chancelière allemande Merkel, le Président du Conseil italien Berlusconi, le chef du gouvernement espagnol Zapatero ont eu droit au Red Carpet entre janvier et décembre 2009. Ajoutez y le Premier ministre néérlandais Balkenende, et ses homologues grec ou irlandais qu'ont attend dans les quinze prochains jours à Washington et le carnet de bal peut paraitre offensant...

Pas du tout ! Tout va bien. N'allez surtout pas mettre cette relation compliquée sur le compte d'une pseudo rivalité, elle n'a jamais existé. Tout juste se contente-t-on de répéter à la Maison Blanche que le Président Obama n'a jamais aimé la "buddy-buddy relationship" à laquelle s'attendent beaucoup de chefs d'Etat étrangers dans leur relation avec le leadership américain. Sarko avait eu droit au barbecue dans le Maine avec George Bush. Ne comptez pas sur Obama pour un "sleep over" à Camp David ! Aucun des vingt cinq leaders étrangers qu'il a reçus en quinze mois n'a eu droit à un tel traitement de faveur.

Question : si la relation franco-américaine se porte à merveille et qu'aucun contentieux privé ne porte ombrage à "l'admiration mutuelle" que se vouent les deux chefs d'Etat, pourquoi Nicolas Sarkozy ne consacre-t-il pas une journée de sa visite officielle pour se rendre au plus près du peuple américain pour y vanter l'excellence de notre alliance ? En 1984, François Mitterrand avait profité d'une visite d'Etat pour se rendre en Californie, l'Etat de Ronald Reagan, et rendre hommage aux pionniers de la Silicon Valley. En chemin, il s'était arrêté à Atlanta pour y évoquer la mémoire de Luther King. En 1996, Jacques Chirac avait été reçu par Bill Clinton à Washington mais il avait tenu à se déplacer à Chicago : l'occasion de s'adresser au patronat américain mais aussi de se rendre dans une école du ghetto du Near West Side. Nicolas Sarkozy, lui, n'était resté que trente six heures à peine en 2007 lorsqu'il effectua sa première visite présidentielle aux Etats-Unis. Il avait vu Bush, s'était adressé au Congrès, avait eu droit à un dîner de gala à la Maison Blanche. A la fin du mois, pour ce nouveau président qui a pris son temps pour le recevoir et cette nouvelle Amérique qui peine à changer, il se rendra d'abord à New York. Un discours sur la gouvernance mondiale est prévu à l'Université Columbia, le reste de l'escale à Manhattan est privé nous assure-t-on.

Barack Obama et Nicolas Sarkozy peuvent donc se demander : la relation franco-américaine ne mérite-t-elle pas mieux ?

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