Obama and HisTube

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Obama and HisTube
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Il débat ce lundi avec des internautes sur YouTube. Se passer des journalistes n'est pas qu'une mode.

Le New York Times raconte aujourd'hui comment Bill Clinton, fraichement arrivé dans le Bureau Ovale, dit un jour aux correspondants accrédités à la Maison Blanche : " Vous savez pourquoi j'arrive à vous courtcircuiter dans les conférences de presse ? Parce que Larry King m'a libéré en me donnant un accès direct au peuple américain !" C'était il y a 19 ans et comme c'est encore juste aujourd'hui ! En suivant l'autre jour la polémique sur le panel Pernaut-Sarkozy et aux relations qu'entretiennent l'Elysée et TF1, j'ai pensé également à cette volonté qu'affiche Barack Obama depuis le début de sa campagne présidentielle de "jouer la modernité" avec les média mais aussi de passer par dessus les questions des journalistes du microcosme pour accéder directement à celles des électeurs. Comme Clinton sur le plateau de Larry King sur CNN qui répond aux questions des téléspectateurs.

Aujourd'hui, Barack Obama va répondre à une centaine d'internautes parmi les 12.000 qui ont envoyé leurs questions par vidéo à YouTube. Le filtre a été mis en oeuvre par un moteur spécial de Google (propriétaire de YouTube). Ce n'est un secret pour personne que le patron de Google, Eric Schmidt (en photo ici avec le candidat Obama en 2007) est un proche d'Obama, il est associé à la plupart des initiatives économiques et politiques de la Maison Blanche. Mais cette opération organisée par Macon Philips, le gourou des nouvelles technologies du Président après avoir été le créateur de BarackOvama.com et de WhiteHouse.gov, fait grincer des dents aux journalistes accrédités. Cela fait presque six mois qu'Obama n'a pas donné de conférence de presse traditionnelle pour l'ensemble des médias représentés à la Maison Blanche et s'il a donné plus de 500 interviews individuelles au cours de sa seule première année de mandat, il a été plus que réticent depuis septembre à se laisser entrainer au jeu des questions-réponses sur la longueur.

Informer, communiquer ou répondre : on en revient toujours aux mêmes mots (maux). Personne ne dénie évidemment à la Maison Blanche le droit d'informer l'opinion publique de son action. Le porte-parole Robert Gibbs, le site web de la White House et les principaux conseillers sont là pour ça, comme David Axelrod hier chez David Gregory dans Meet the Press. Personne non plus ne peut reprocher à une équipe au pouvoir de vouloir privilégier tel ou tel mode de communication pour que le produit du jour soit mieux mis en valeur. Mais répondre directement et sans filtre aux questions de la presse doit également rester la norme si l'on veut conserver intacte la notion de "accountability" si chère au Président Obama.

On ne peut pas reprocher à George Bush d'avoir été si méfiant vis à vis des médias et d'avoir limité au maximum l'exercice risqué de la conférence de presse pour finir par adopter la même attitude une fois que les sondages d'opinion sont moins porteurs que ceux du début de mandat. Cela ne signifie pas que l'interview du Président sur You Tube ne vaut pas la peine d'être tentée, bien au contraire, mais qu'elle ne doit surtout pas devenir la norme. Les citoyens ont toujours des questions à poser. Mais il ne faudrait pas remplacer la maladie de la connivence entre les journalistes et le pouvoir par la tentation de la connivence entre l'Exécutif et le peuple. Car la manipulation de l'opinion publique est toujours plus facile lorsque le filtre des médias ne joue plus son rôle.

J'espère que vous retrouvez peu à peu le chemin qui vous ramène au Bureau Ovale, nouvelle formule. Et que vous n'hésiterez pas à vous réinscrire s'il le faut pour poursuivre le débat.

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