Un nouveau plan de la dernière chance pour Alcatel-Lucent

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Un nouveau plan de la dernière chance pour Alcatel-Lucent
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Il passera inévitablement par des économies et suppressions d'emplois...

Alors, encore un "nouveau plan stratégique qui va assurer le retour d'une croissance rentable chez Alcatel" ? Ce 19 juin était inscrit sur les agendas des investisseurs depuis longtemps déjà, comme étant la date programmée par le nouveau directeur général Michel Combes pour dévoiler le projet qui, cette fois, c'est s�"r, sortira l'équipementier de la spirale des pertes accumulées depuis l'éclatement de la bulle spéculative liée à interne, au début des années 2000. Un exercice dans lequel ont échoué Serge Tchuruk, Pat Russo et Ben Verwaayen ces dix dernières années. Malgré quelques progrès récents, la société reste exsangue financièrement à cause d'une consommation d'argent frais qui dépasse largement ses moyens, dans un contexte de concurrence accrue entre les acteurs historiques du secteur et les nouveaux entrants, notamment chinois. Suffisant pour convaincre les investisseurs ? Michel Combes sait bien que sa marge de manoeuvre est réduite, aussi s'est il employé ce matin à démontrer que son projet, baptisé "Shift", est une véritable rupture et qu'il n'accouchera pas, cette fois, d'une souris. La première page de sa présentation affiche d'ailleurs un grosses lettres "Encore un nouveau plan, pour quoi faire ?", barré d'un énorme "non" rouge... Sur le marché boursier, la première réaction est positive en matinée, avec un titre qui bondit de 6%. Mais il en faudra plus pour convaincre les investisseurs chevronnés, habitués aux sautes d'humeur et aux réactions sans lendemain de l'action Alcatel-Lucent. Le bureau d'études Oddo Securities juge malgré tout ce plan "convaincant et ambitieux", et pense qu'il s'appuie en outre sur un cycle économique plus favorable. Une nouvelle équipe pour une stratégie renouvelée La base de la stratégie de la nouvelle équipe dirigeante, largement renouvelée puisque même le directeur financier des cinq dernières années, Paul Tufano, va bientôt faire ses valises, est une scission de fait entre les "coeurs de réseaux" (routage IP, Transport IP, Plateformes IP et services associé) et les activités "accès et autres" (mobile, fixe, autres secteurs), qui seront concentrées sur le très haut débit. Les deux branches constituent les fers de lance d'un Alcatel recentré sur des activités de spécialités, alors qu'il est reproché depuis longtemps au groupe son côté "touche-à-tout". Pour autant, elles ne seront pas gérées de la même façon. Les premières seront pilotées pour générer de la croissance, avec pour objectif de passer de 6,1 milliard d'euros de revenus et 2,4% de marge opérationnelle en 2012 à plus de 7 milliards de chiffre d'affaires et plus de 12,5% de marge en 2015. La société gérera les secondes pour ne pas consommer de trésorerie, voire en engranger puisque Michel Combes vise de ce périmètre un flux d'exploitation positif de 250 millions d'euros en 2015. La nouvelle direction d'Alcatel a promis ce matin que cette stratégie sera jalonnée "d'objectifs opérationnels et financiers clairs, tant en termes de résultats que de génération de trésorerie". Le plan passe aussi par le maintien de ressources adéquates en recherche et développement pour les "Bell Labs", recentrés sur les réseaux IP et l'accès très haut-débit. Mais il passe aussi par un vaste plan d'économies dont les détails demeurent encore relativement flous, mais devrait nécessairement passer par la case suppressions d'emplois. Economies diverses Pour économiser 1 milliard d'euros sur ses co�"ts en année pleine en 2015, l'équipementier se donne trois ans d'action. Dans le document qui sert d'appui à la conférence du matin, Michel Combes a détaillé les mesures nécessaires à la réalisation de cet objectif. Le dirigeant a prévu 300 millions d'euros d'économies en provenance des ventes et du marketing, en améliorant drastiquement la productivité, en regroupant certaines fonctions et en réduisant la présence directe dans certains pays via une réorganisation. 200 millions d'économies additionnelles proviendront de la "consolidation des fonctions support", de la simplification juridique des structures et de la réduction des dépenses générales. Un autre volet d'économies portera sur la rationalisation immobilière, qui devrait réduire les co�"ts de 100 millions d'euros en regroupant des sites, en réduisant la présence dans certains pays et en standardisant l'informatique. 100 autres millions d'euros devraient être économisés sur la chaîne logistique et un montant identique sur la production, en ayant davantage recours à l'externalisation, en améliorant la qualité et en réduisant la complexité produits. Le solde des efforts concernera la rationalisation de la R&D. Pas de détails donc sur l'impact social, mais on sait que le plan Shift représente un co�"t additionnel de 830 millions d'euros en numéraire par rapport aux efforts déjà consentis, programmés à 1,4 milliard d'euros sur la période 2012/2015. Quelles ressources de financement ? Comme Alcatel consomme déjà beaucoup de liquidités, il faudra bien trouver des ressources pour financer cette restructuration. La nouvelle direction a prévu à ce titre de restructurer la dette à hauteur de 2 milliards d'euros en profitant des conditions de marché d'ici 2015, en misant sur un bon accueil du plan de transformation, qui permettrait à la société de gagner la confiance des créanciers. L'équipementier espère aussi obtenir 2 milliards d'euros additionnels de cessions d'actifs ou d'une augmentation de capital. Auparavant, il aura vendu pour 1 milliard d'euros d'actifs, sans pour autant préciser lesquels alors que les câbles sous-marins et la téléphonie d'entreprise avait jusque-là les faveurs des analystes. Si tout se déroule conformément aux prévisions, le plan serait autofinancé, assure Michel Combes, qui estime que les objectifs définis ce matin sont "réalistes et cohérents". Comme la rumeur le laissait entendre, il pourra s'appuyer sur Philippe Guillemot, puisque l'ancien dirigeant de Michelin, Valeo ou Areva T&D a été nommé directeur des opérations. Pour Alcatel, le changement, c'est maintenant...