La désinflation, bonne nouvelle pour le consommateur, pas pour l'économie

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La désinflation, bonne nouvelle pour le consommateur, pas pour l'économie
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L'économiste Patrick Artus a analysé les effets du ralentissement de la hausse des prix...

En octobre, l'inflation est tombée à 0,7% sur un an dans la zone euro. Un niveau très éloigné des 2% d'inflation annuelle que s'est fixé pour objectif la BCE... La banque centrale européenne s'est d'ailleurs inquiétée de cette situation, au point qu'elle a baissé son principal taux directeur, le 7 novembre dernier, le ramenant de 0,5% à 0,25%. L'économiste Patrick Artus analyse ce matin les effets de la désinflation, dans un point de vue publié par 'Les Echos' et s'inquiète lui aussi de "la déflation (qui) frappe à la porte de la zone euro". Des effets positifs à court terme Le chef économiste de Natixis reconnaît cependant qu'à court terme, la modération de la hausse des prix a des effets positifs en termes de pouvoir d'achat. "Il faut se rendre compte qu'une partie substantielle du redressement de la croissance en 2013 dans la zone euro vient de la désinflation au travers de ses effets sur le pouvoir d'achat et la demande des ménages. Il s'agit bien d'un mécanisme vertueux et stabilisant : le recul de la demande fait reculer les prix, ce qui soutient la demande". Ainsi, en France, l'inflation est passée de 1,9% il y a un an à 0,9% aujourd'hui. De ce fait, les salaires réels (tenant compte de l'inflation) ont continué à augmenter au deuxième trimestre 2013 (+1%) alors qu'ils n'avaient progressé que de 0,2% au deuxième semestre 2012 corrigés de l'inflation. Pourtant, les bonnes nouvelles s'arrêtent là, et Patrick  Artus met en garde contre les effets dangereux de la désinflation sur les taux d'intérêts à long terme, actuellement situés en moyenne à 3,2% sur 10 ans dans la zone euro (4% en Espagne, 2,2% en France). Or, "la désinflation fait monter les taux d'intérêt réels à long terme (taux d'intérêt hors inflation) à des niveaux incompatibles avec ceux de la croissance", prévient l'économiste. Pour l'ensemble de la zone euro, les taux longs atteignent ainsi, hors inflation, 2,5% actuellement, alors que la zone euro devrait afficher un recul de 0,4% de son PIB en 2013. 2014, un cap dangereux "Attention donc à 2014 !" écrit encore Patrick Artus. "L'effet positif du pouvoir d'achat de la désinflation ne jouera plus, tandis que l'effet négatif de taux d'intérêt réel jouera à plein". Début novembre, la Commission européenne a estimé dans ses dernières prévisions que le PIB de la zone euro progressera de 1,1% l'an prochain et de 1,7% en 2015. Si les taux d'intérêts réels à long terme restaient à leur niveau actuel de 2,5%, ils se situeraient donc durablement au-dessus du taux de croissance, un schéma qui deviendrait alors réellement déflationniste et "extrêmement dangereux" pour l'Europe, avec un "risque de découragement de l'investissement et de perte de solvabilité des emprunteurs", redoute l'économiste.