La BCE, ultime rempart contre un nouveau "credit crunch" ?

  • A
  • A
La BCE, ultime rempart contre un nouveau "credit crunch" ?
Partagez sur :

Certains analystes appellent la Banque centrale à acheter des titres en masse pour limiter la hausse des taux d'intérêt...

La contagion de la crise de l'Euro menace de plus en plus les Etats et le système bancaire... Hier soir, l'agence de notation Fitch a mis en garde les banques américaines contre un risque de contagion de la crise de la dette européenne. Dans la foulée, Moody's a dégradé la note de 10 banques régionale publiques allemandes. A mesure que les taux d'intérêts sur les dettes des Etats espagnol, italien et français grimpent, témoignant d'une aggravation de la crise de l'Euro, les rumeurs de difficultés de financement des banques européennes enflent dangereusement... Ainsi, selon des sources citées par le 'Wall Street Journal', de nombreuses banques du Vieux Continent auraient désormais du mal à se financer par les voies classiques (prêts entre banques, emprunts obligataires...) et se prépareraient à avoir recours de manière prolongée à des prêts d'urgence de la Banque Centrale Européenne. Ces banques étudieraient des techniques complexes et potentiellement risquées pour pouvoir continuer d'emprunter auprès de la BCE... Ces techniques incluraient des échanges d'actifs entre banques, ce qui pourrait compliquer encore davantage l'identification des risques dans le système bancaire européen, affirment des experts interrogés par le 'WSJ'. Quant au rôle de la BCE dans la gestion de la crise de l'Euro, il continue de faire l'objet d'une vive polémique entre la France, qui souhaite voir l'institut émetteur jouer un rôle proactif, et l'Allemagne qui refuse que la BCE devienne le prêteur en dernier ressort des Etats de la zone Euro. Hier, la porte-parole du gouvernement français, Valérie Pécresse, a répété que pour Paris, "le rôle de la BCE est d'assurer la stabilité de l'Euro, mais aussi la stabilité financière de l'Europe. Nous lui faisons confiance pour qu'elle prenne les mesures nécessaires. Elle l'a fait en 2008 quand la situation l'exigeait", a-t-elle ajouté. A l'époque, la Banque centrale avait baissé ses taux d'intérêt et offert de financer les banques pour des montants illimités. Mais la chancelière allemande, Angela Merkel, de son côté, a répété hier son opposition de principe à un rôle de prêteur en dernier ressort pour la BCE, l'estimant contraire aux traités européens. Mme Merkel a appelé une nouvelle fois les pays de la zone Euro à mettre en ordre leurs budgets et à renforcer leur intégration. Face à la persistance des blocages politiques en Europe, l'inquiétude s'accroît sur les marchés, où les taux d'intérêt des emprunts d'Etat ne cessent de grimper (le taux de l'OAT française à 10 ans a atteint 3,7% hier contre 1,8% pour le Bund allemand, un écart record...). Un geste fort de la part de la BCE apparaît à de nombreux analystes comme la seule solution en vue à court terme, d'autant que le renforcement du FESF (Fonds européen de stabilité financière) traîne en longueur et en complications... Certains analystes font état de nouveaux achats par la BCE d'obligations espagnoles et italiennes depuis 48 heures, alors que d'autres espèrent une nouvelle et forte baisse des taux directeurs avant la réunion du 8 décembre prochain, après la baisse de 0,25 point à 1,25% intervenue le 3 novembre. Ce matin, Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis, appelle la BCE à "sauver l'Euro, et vite". Dans un point de vue publié dans 'La Tribune' du jour, l'économiste estime que le risque d'éclatement de la zone Euro existe bien à court terme, et que la seule solution pour l'éviter est que la BCE fixe des limites aux taux d'intérêt à long terme des différents pays, en achetant autant de titres que nécessaire pour que ces limites ne soient pas dépassées... D'autres analystes moins interventionnistes soulignent que la BCE a déjà racheté pour 187 milliards d'euros de dette des Etats européens endettés (Grèce, Portugal, Espagne, Italie) sur le marché secondaire depuis le début de la crise, et qu'elle perdrait sa crédibilité si elle sortait un plus gros "bazooka" sans qu'un accord politique solide n'ait été conclu entre les dirigeants européens...