L'Euro fête ses 10 ans, et alors ?

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L'Euro fête ses 10 ans, et alors ?
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Après deux ans de crise aigüe, la monnaie unique est retombée ces derniers jours au plus bas depuis 10 ans face au Yen...

C'est dans la douleur que l'euro fête son 10ème anniversaire... Après deux ans de crise aigue, la monnaie unique est retombée ces derniers jours au plus bas depuis 16 mois face au Dollar (1,2858$ hier en séance) et au plus bas depuis 10 ans face au Yen. Malmené par la crise de la dette publique, qui s'est propagée inexorablement d'un pays à l'autre à partir de la Grèce, la monnaie unique européenne apparaît aujourd'hui si malade que l'amputation d'un ou plusieurs de ses membres n'est plus taboue depuis quelques mois ! Pourtant, le 2 janvier 2001, jour du lancement des pièces et billets en Euros, la monnaie unique apparaissait si solide que ses pays membres n'avaient même pas jugé bon de prévoir dans les traités l'hypothèse de la sortie ou de l'exclusion d'un des membres !... Deux ans plus tôt, le 1er janvier 1999, les marchés financiers avaient déjà adopté la monnaie commune avec enthousiasme, à la fois catalyseur d'échanges commerciaux et financiers, protection contre les risques de change et future monnaie de réserve internationale aux côté du Dollar. En 12 ans, le nombre de pays adhérents à l'Euro a grandi rapidement (trop vite, selon certains), passant de 11 en 1999 à 17 pays à l'heure actuelle. Une croissance qui connaît désormais un sérieux coup de frein, d'autant que la popularité de l'Euro a nettement décru dans les opinion publiques européennes désorientées par la crise. Paradoxalement, malgré les aléas des deux dernières années, la valeur de l'Euro reste supérieure à celle de sa création, à 1,1665$ le 1er janvier 1999, et surtout supérieure à son arrivée dans les porte-monnaie des Européens, à 0,95$, le 2 janvier 2001. Pour beaucoup d'observateurs, une disparition de l'Euro reste impensable, mais la sortie d'un petit pays comme la Grèce paraît désormais envisageable et supportable pour le bloc européen, selon les économistes... Les experts estiment en revanche que la sortie d'un membre important (Italie, France, voire Allemagne...) signerait l'arrêt de mort de la devise et aurait des conséquences économiques catastrophiques pour l'ensemble de l'Europe et au-delà, sur l'économie mondiale. Ainsi, Michel Cicurel, le président du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild estime ce matin que l'Euro devrait éviter le scénario catastrophe d'un éclatement, même s'il s'attend encore à des fortes turbulences en 2012 : "L'année qui vient ne sera pas grise, elle sera noire et blanche... Noire jusqu'au bord de l'abîme, puis blanche parce que nos dirigeants finiront par s'accorder in extremis pour éviter le pire", prévoit le gérant de portefeuille dans un entretien publié par 'Les Echos' du jour. La crise actuelle apparaît avant tout comme politique, et son issue dépendra de la capacité du couple franco-allemand à surmonter ses différends pour consolider la zone Euro autour d'un nouveau pacte de discipline budgétaire. Michel Cicurel préconise, comme beaucoup de responsables économiques, davantage de fédéralisme au sein de la zone Euro : "dans le désarroi, les opinions consultent les marabouts national-populistes, mais finiront par se tourner vers les médecins hospitaliers. Une dose de fédéralisme supplémentaire est vitale pour sortir de cette crise. Tous les leaders politiques responsables pensent d'ailleurs la même chose !", souligne-t-il.