Espagne : un secteur bancaire qui semble de plus en plus fragile

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Espagne : un secteur bancaire qui semble de plus en plus fragile
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Le journal 'El Mundo' évalue ses besoins en financement à 50 milliards d'euros...

Chaque jour qui passe fait apparaître un secteur bancaire espagnol plus fragilisé, alors que l'ampleur des mauvaises créances issues de l'éclatement de la bulle immobilière a été clairement sous-estimée par Madrid. Et les énormes difficultés de la 4ème banque du pays, Bankia, exposées au grand jour depuis vendredi, ne seraient que l'arbre qui cache la forêt... Après avoir été partiellement nationalisée et avoir bénéficié d'une première injection d'argent public de 4,4 Milliards d'Euros, Bankia, née l'an dernier de la fusion de 7 caisses d'épargne, a admis vendredi qu'elle aurait encore besoin de 19 MdsE supplémentaires, et a révisé sa perte à 3,3 MdsE pour 2011, contre seulement 30 Millions d'Euros de pertes estimées auparavant ! Selon le quotidien espagnol 'El Mundo', outre Bankia, trois autres caisses d'épargne du pays auraient besoin d'être rapidement secourues : à elles trois, Caixa Catalunya, Nova Galicia et Banco de Valencia nécessiteraient quelque 30 MdsE de capitaux frais pour respecter les objectifs de provisionnement fixés par le gouvernement. En incluant Bankia, le système bancaire espagnol pourrait donc a voir besoin d'au moins 50 Milliards d'Euros de capitaux frais pour être remis sur pied... Et cela, sans compter les besoins en refinancement des régions autonomes espagnoles, qui atteignent 35 MdsE cette année. Le cas de la Catalogne, qui doit refinancer 13 MdsE de dette, inquiète notamment les marchés, depuis que le président de la région Artur Mas a appelé à mutualiser les émissions... Au total, les besoins des banques et des régions espagnoles pourraient donc atteindre 85 Milliards d'Euros... Un montant que l'Espagne n'est pas en mesure de financer dans sa situation d'endettement actuelle ! Hier, alors que les taux d'intérêt sur la dette espagnole à 10 ans atteignaient 6,47% (leur plus haut niveau de l'année) et que la prime de risque sur la dette espagnole battait des records, le Premier ministre Mariano Rajoy a tenté de rassurer les marchés en assurant que l'Espagne n'avait pas besoin d'un plan de sauvetage extérieur... Dans le même temps, ce dernier a admis les difficultés de financement de son pays : "avec une prime de risque à 500 points, il est très difficile de se financer", a-t-il reconnu... Il n'a toutefois pas précisé comment le gouvernement comptait trouver 19 MdsE en urgence pour soutenir Bankia, dont le titre a encore plongé de 13,4% hier en Bourse, entraînant l'ensemble du secteur bancaire dans son sillage. En théorie, c'est le Fonds public d'aide au secteur (le Frob) qui devrait financer l'aide à Bankia, mais cet organisme ne disposerait actuellement que de 5 à 9 MdsE, selon les sources... Pour sa part, un porte-parole du ministère de l'Economie a indiqué que le gouvernement étudiait deux options : une émission obligataire sur les marchés destinée à Bankia, ou l'injection de titres de la dette publique directement dans la banque, qui pourrait ensuite les mettre sur le marché en les revendant à des investisseurs ou en les échangeant à la BCE contre des liquidités. Ces deux solutions auraient néanmoins pour effet d'alourdir la dette publique de l'Espagne au-delà des 79,8% du PIB visés par Madrid à fin 2012... Une autre solution consisterait à ce que Madrid recoure au soutien du Fonds ou du Mécanisme européen de stabilité financière (FESF et MESF), voire du FMI, ce à quoi le gouvernement se refuse pour l'instant... De son côté, la BCE pourrait aussi agir en reprenant son programme de rachat d'obligations d'Etats en difficultés, une intervention que les dirigeants espagnols ont appelé plusieurs fois de leurs voeux ces derniers jours. Une telle action de la banque centrale permettrait de faire reculer les taux d'intérêt espagnols et donnerait plus de latitude à Madrid pour tenter de régler seul ses problèmes...