Après Nelson Mandela, l'économie sud-africaine en quête d'un second souffle

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Après Nelson Mandela, l'économie sud-africaine en quête d'un second souffle
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Le modèle de développement sud-africain donne des signes d'essoufflement, accentués par la crise financière de 2008...

L'abolition de l'apartheid et la présidence de Nelson Mandela ont fait passer en quelques années l'Afrique du Sud d'un statut de paria à celui d'économie émergente en forte croissance. Durant ses 5 ans de présidence, de 1994 à 1999, Nelson Mandela a ainsi posé les jalons d'une Afrique du Sud moderne, multiraciale et fondée sur l'économie de marché.   Stratégie économique payante   Alors que son parti, l'ANC (Congrès national africain), militait pour un modèle économique dirigiste, M. Mandela l'a convaincu de ne pas nationaliser les secteurs miniers et bancaires, mais au contraire, d'ouvrir leur capital à des investisseursprivés, y compris étrangers. Sur le plan social, M. Mandela a mené une politique de réconciliation entre la majorité noire et la minorité blanche sud-africaine, aux antipodes de la voie prise par son voisin le Zimbabwe, sous la coupe de Robert Mugabe. Conscient de la nécessité pour l'Afrique du Sud de réintégrer la communauté internationale, et de ne pas sombrer dans de nouvelles violences inter-raciales, M. Mandela a confié le ministère-clé des Finances à deux ministres sud-africains blancs, le banquier Chris Liebenberg (1994-1996), puis Trevor Manuel (1996-2009), un natif métissé du Cap et responsable de l'ANC, qui a acquis au fil des ans une stature internationale.   La stratégie du premier président noir d'Afrique du Sud s'est avérée efficace, puisque la croissance sud-africaine, qui plafonnait en moyenne à 1,5% par an de 1980 à 1994 sous le joug des sanctions internationales, a doublé pour s'établir en moyenne à 3% entre 1995 et 2003 une fois le régime d'apartheid aboli, puis à 3,5% à partir de 2004. De 1996 à 2008, la proportion de ménages ayant accès à l'électricité est passée de 45% à 85% et le revenu par tête a progressé fortement.   Des signes d'essoufflement...   Mais alors que Madiba (le nom tribal de Mandela) vient de mourir à 95 ans, le modèle de développement sud-africain donne des signes d'essoufflement, accentués par la crise financière de 2008 et par des dissensions au sein de l'ANC. Le pays est aux prises avec un chômage chronique de masse (24,7%), qui touche en priorité les noirs, des systèmes éducatifs et de santé publique peu efficaces et avec des inégalités sociales criantes. Le revenu moyen par ménage noir reste 6 fois inférieur à celui d'un ménage blanc et le virus du Sida continue de faire des ravages parmi les populations pauvres. Alors que l'Afrique sub-saharienne décolle et affiche une croissance annuelle de l'ordre de 5% depuis 2010, la croissance économique sud-africaine reste désormais à la traîne, la hausse du PIB ayant plafonné à 2,5% en 2012 et à 1,8% au 3ème trimestre 2013.   Depuis 2012, l'économie est en proie à des grèves et de violents conflits du travail, sur fond de revendications salariales, surtout dans les secteurs minier, agricole et des transports. En ao�"t dernier, des heurts avec la police ont fait 34 morts parmi les manifestants dans une mine de platine du groupe Lonmin. Les syndicats et le parti communiste sud-africain réclament désormais une refonte complète des lois sur le travail figurant dans le cadre réglementaire établi en 1996 par Trevor Manuel, le Plan pour la croissance, l'emploi et la redistribution. La Ligue des jeunes de l'ANC est même allée jusqu'à réclamer des nationalisations, afin de procéder à une redistribution plus juste des richesses du pays. Ce courant de l'ANC a cependant assoupli son  discours depuis l'exclusion de l'ANC, en 2012, de son turbulent président Julius Malema.