Virage à gauche sur la route de la primaire

Primaire PS : Hollande sait que les électeurs proches du Front de gauche ou du NPA iront aussi voter
Primaire PS : Hollande sait que les électeurs proches du Front de gauche ou du NPA iront aussi voter
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Hélène Favier , modifié à
Hollande avec ses propositions sur l’éducation a démontré que la 1ère manche se gagne à gauche.

On croyait les choses posées : Hollande en représentant de la social-démocratie, Aubry en garante de la gauche, Royal entre les deux. Mais à quelques encablures du vote de la primaire PS, voilà qu’Hollande brouille les cartes, proposant de recréer 70.000 postes dans l’Education. Comme lui, ce sont tous les candidats de la primaire PS qui semblent placer le curseur de plus en plus à gauche. Comment expliquer ce virage "à gauche toute !" ? Décryptage avec Europe1.fr.

Virer à gauche : une tactique "normale" à ce stade

"Se placer très à gauche : c’est une logique normale, du moment que le corps électoral de la primaire est, lui-même, fortement à gauche", commente Gaël Sliman, directeur adjoint de BVA opinion.

Et justement, dans les différents sondages, les électeurs, qui se disent près à aller voter les 9 et 16 octobre prochains, se trouvent être très ancrés à gauche, flirtant même avec l’extrême-gauche.

"Ces électeurs se définissent, en effet, à 90% comme proches du PS, du NPA, du PC ou du Front de gauche. Et non du MoDem ou même d’Europe Ecologie - Les Verts", reconnaît le politologue avant de poursuivre : "Bref, peu de 'centristes' iront voter à cette primaire. Dès lors, les candidats à cette élection auront tout intérêt à se présenter comme des orthodoxes de gauche".

Déplacer le curseur au cours de la campagne

En somme, la tactique est la suivante : mettre le curseur très à gauche pendant la primaire, pour s’assurer de remporter cette première manche. Et puis, dans un second temps, remettre doucement les choses en place, pour, dans l’entre-deux tours de la présidentielle, se déplacer vraiment vers le centre, afin de rassembler le plus grand nombre d’électeurs, explique encore le sondeur.

On a donc chez les socialistes (Jean-Michel Baylet étant un peu à part ) un Arnaud Montebourg qui est - et son positionnement n’a pas changé - très à gauche, une Martine Aubry qui ne boude pas l’héritage de réformes "typiques" de la gauche (les 35 heures, la CMU), un François Hollande qui se déporte un peu à gauche, une Ségolène Royal qui s’adresse à certaines populations de gauche "dites du silence, comme celles des banlieues" et un Manuel Valls qui est plus proche de la droite mais dont les scores deviennent infinitésimaux. 

Hollande va chasser sur les terres d’Aubry

Reste qu’aujourd’hui les deux grands favoris de cette primaire (François Hollande 41% des intentions de vote et Martine Aubry 31 %) brouillent les cartes, choisissant "des trajectoires inversées", analyse Gaël Sliman. Ainsi, l’élu de Corrèze se déporte du centre vers la gauche, tandis que la maire de Lille fait le chemin inverse, de la gauche vers le centre.

"L’ex-Première secrétaire du parti n’a cessé de rappeler son authenticité. Mais, désormais, elle doit montrer sa stabilité, sa capacité à faire face à la crise, devenue un sujet de préoccupation", estime le politologue.

A l’inverse, selon lui, François Hollande a déjà réussi à installer sa crédibilité économique et s’applique maintenant à envoyer des signaux aux électeurs les plus à gauche ou vers des niches acquises à Martine Aubry. Et c’est ce qu’il a fait avec son annonce de création de postes dans l’Education.

Les profs derrière Aubry ? 

"La CSP des professions libérales, où on retrouve beaucoup de professeurs, préfèrent, en effet, Martine Aubry, selon les sondages", explique le directeur adjoint de BVA opinion.

François Hollande est donc allé chercher ces électeurs en proposant de recréer 70.000 emplois dans l’Education, une proposition que l’on avait jamais entendue dans sa bouche, auparavant.

"Lors du premier débat de cette primaire, jeudi soir, sur France 2, on retrouvera certainement ce rapport de forces conclut Gaël Sliman. François Hollande tiendra sa ligne, tout en faisant des signaux à ces électorats de gauche. Martine Aubry, elle, devra tout faire, évidemment pour le déstabiliser".