Trierweiler, le tweet de trop ?

Par Fabienne Cosnay

Publié le 12 juin 2012 à 20h05 Mis à jour le 13 juin 2012 à 07h35

Valérie Trierweiler © REUTERS

Son message sur le réseau social pose la question de la place voulue par la Première dame.

"J'ai du caractère, on ne peut pas me brider" (…) "François me fait totalement confiance. Sauf sur mes tweets". Dans une interview à Femme actuelle, le 28 avril, Valérie Trierweiler avait annoncé la couleur, revendiquant sa liberté sur le réseau social Twitter. Devenue Première dame, la compagne de François Hollande en a fait une parfaite démonstration, mardi. Au risque de relancer les hostilités avec Ségolène Royal. Au risque (aussi) de porter atteinte au président François Hollande, en mélangeant les genres entre vie publique et vie privée.

11h56, @valtrier provoque l'incrédulité

Son tweet, posté à 11h56, mardi matin, a provoqué l'incrédulité. En plein psychodrame socialiste à La Rochelle, alors que tout l'establishment PS cherche à sauver le soldat Royal, Valérie Trierweiler apporte son soutien à Olivier Falorni, candidat dissident dans la première circonscription de La Rochelle, décidé à ne rien lâcher contre la "parachutée" Ségolène Royal. "Courage à Olivier Falorni qui n'a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d'années dans un engagement désintéressé", écrit la Première dame sur son compte Twitter. On s'interroge alors sur un possible piratage du compte @valtrier. Martine Aubry et Cécile Duflot, les premières, refusent de commenter le fameux tweet. Mais non. 45 minutes plus tard, la dépêche de l'Agence France Presse tombe. Valérie Trierweiler confirme à l'AFP qu'elle est en bien l'auteur.


Cette prise de position de Valérie Trierweiler dénote par rapport au soutien officiel de la direction du PS - Martine Aubry a d'ailleurs fait le déplacement mardi pour soutenir Ségolène Royal. François Hollande en personne lui a apporté son soutien dans sa profession de foi d'entre-deux-tours, rendue publique quelques minutes avant le message de la Première dame. Mardi soir, à Matignon comme à l'Elysée, l'heure n'était pas à l'explication de tweets. Jean-Marc Ayrault a déclaré que le président François Hollande et lui-même soutenaient "à fond" la candidature de Ségolène Royal à La Rochelle, assurant que le reste n'était "que des péripéties".

Un épisode de plus dans sa guerre avec Royal

Des "péripéties" pour le Premier ministre. Un épisode de plus aussi dans la relation houleuse entre Valérie Trierweiler et Ségolène Royal. Les anecdotes ne manquent pas. Le 3 mai 2012, une journaliste de Paris-Match reçoit un SMS de la Première dame, par ailleurs journaliste dans le même hebdomadaire : "A quoi tu joues ?" demande Valérie Trierweiler, reprochant à sa consœur d'avoir écrit Thomas Hollande, "l'aîné des quatre enfants du couple Royal-Hollande", sans préciser "ex". Le 4 avril, lors d'un meeting à Rennes, Valérie Trierweiler décide de mettre en scène l'image de la réconciliation, sur les conseils du directeur de communication de François Hollande, Manuel Valls. D'habitude, les deux femmes s'évitent. Cette fois, Valérie Trierweiler va à la rencontre de Ségolène Royal pour lui serrer la main. Les flashs crépitent. L'ancienne candidate à la présidentielle gardera un goût amer de cette séquence de pure communication. "C'est la première et la dernière fois que tu fais ça", enverra-t-elle par SMS à Manuel Valls, selon des confidences rapportées à l'Express.

Quelle place de Première dame ?

Depuis, Valérie Trierweiler est devenue Première dame. Avec ce tweet, elle prend le risque de mettre le président Hollande dans une position délicate, en faisant se télescoper, de façon retentissante, vie publique et vie privée. La compagne de François Hollande est sortie de la réserve de mise pour les Premières dames - terme qu'elle estime d'ailleurs "désuet" et qu'elle entend redéfinir - en faisant irruption dans le champ politique. Une attitude jugée déconcertante, voire déplacée dans la classe politique. La charge la plus sévère est d'ailleurs venue d'un socialiste, Jean-Louis Bianco. "Nous n'avons pas élu Valérie Trierweiler, nous avons élu François Hollande, donc je demande : 'De quoi se mêle-t-elle', s'est insurgé le député PS des Alpes-de-Haute-Provence, sur LCI. Avant d'asséner le coup de grâce : "Je trouve ça purement et simplement indigne"."Moi, j'ai travaillé avec Danielle Mitterrand, qui était une grande dame, qui avait des causes, qui travaillait pour des causes, mais jamais elle se serait permis de se mêler de politique intérieure", rappelle celui qui a été secrétaire général de l'Elysée sous François Mitterrand.

Pendant l'entre deux-tours de la présidentielle, François Hollande, toujours soucieux de se démarquer de son prédécesseur, avait promis qu'il tiendrait une conférence de presse tous les six mois, dans laquelle "il ne mélangerait pas vie publique et vie privée", une référence à la phrase de Nicolas Sarkozy, "avec Carla, c'est du sérieux", lancée par le président aux journalistes au début de son quinquennat. Aujourd'hui, le président se retrouve dans une situation délicate, tiraillé entre le soutien affiché à son ex-compagne et la position défendue par Valérie Trierweiler. Mais ce tweet pourrait avoir un effet : clarifier le rôle exact joué par la Première dame dans le prochain quinquennat.

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