Ségolène Royal, la descente aux enfers

Par Rémi Duchemin

Publié le 17 juin 2012 à 23h58 Mis à jour le 18 juin 2012 à 06h25

En cinq ans, Ségolène Royal a presque tout perdu au niveau politique.

En cinq ans, Ségolène Royal a presque tout perdu au niveau politique. © MAXPPP

Candidate à la présidentielle en 2007, elle n’a désormais plus que le Poitou-Charentes pour exister.

Le 6 mai 2007, au soir de sa défaite à l’élection présidentielle, Ségolène Royal affichait paradoxalement un large sourire. "Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas!", avait-elle lancé à ses partisans, leur promettant de les emmener vers d’autres victoires". Forte de 17 millions de voix, l’ex-ministre de l’Environnement pensait avoir gagné la légitimité de mener la gauche pendant cinq ans et de retenter sa chance, cette fois victorieusement, en 2012.

Cinq ans plus tard, après sa défaite aux législatives dimanche face au dissident socialiste Olivier Falorni dans la première circonscription de Charente-Maritime, la voilà totalement dépourvue de moyens d’exister au niveau national. Durant toutes ses années, Ségolène Royal a accumulé les déboires, et rompu le lien qu’elle était parvenue à tisser avec une grande partie de la population. Il faut dire que, sans surprise, ses "camarades" socialistes ne lui ont pas franchement simplifié la vie.

Hostilité au PS

L’hostilité des caciques du PS, palpable pendant toute la campagne présidentielle de 21007, Ségolène Royal avait pu douloureusement la mesurer lors du tristement célèbre Congrès de Reims de novembre 2008. Rarement, sinon jamais, les socialistes auront affiché autant de désamour et de désunion. Ségolène Royal, dont la motion était arrivée en tête, en sera la principale victime. Face à Martine Aubry, elle échouera à l’élection au poste de première secrétaire pour 42 voix. S’ensuivra un psychodrame sur fond d’accusations de fraude venus des deux camps. Après recomptage, la maire de Lille sera finalement déclarée gagnante pour 102 voix. Soit 50,04% contre 49,96%.

Ségolène Royal payait là sans doute son choix de la jouer solo lors de la fête de la Fraternité, donnée fin septembre 2008 au zénith de Paris. Vêtue d'une tunique et d'un jean, arpentant la scène à la manière d'un prédicateur, elle avait agacé ou fait sourire notamment en enjoignant le public à scander le mot "fraternité" à plusieurs reprises. Elle avait aussi alimenté les reproches des leaders du PS de jouer sur la fibre émotionnelle.

Défaite au sein du PS, Ségolène Royal se consacre alors pleinement à la présidence de la région Poitou-Charentes, dont elle a fait son laboratoire politique. En 2010, elle est d’ailleurs brillamment réélue à ce poste. Elle affrontait alors le ministre des Transports UMP de l’époque, Dominique Bussereau. Celui-là même qui, en guise de vengeance, a ouvertement appelé, entre les deux tours des élections législatives, à voter pour Olivier Falorni. Mais cette victorie électorale est un cache-misère. En réalité, le déclin a commencé.

Car malgré cette réélection, Ségolène Royal se fait peu à peu oublier au plan national. L’annonce de sa candidature, le 29 novembre 2010, à la primaire socialiste censée désigner un candidat du PS à la présidentielle, ne surprend certes personnes. Mais elle ne soulève pas l’enthousiasme escompté. Face aux favoris Dominique Strauss-Kahn d’abord, François Hollande ensuite, elle ne parviendra jamais à refaire son retard. Jusqu’au bout, pourtant, la candidate à la candidature semble y croire. Plus dure sera la chute.

Avec seulement 7% des voix récoltés au premier tour de scrutin, le désaveu est total. Sonnée, Ségolène Royal ne parvient pas à masquer son émotion devant les caméras.

Mais quelques jours plus tard, elle se ressaisit et appelle à votre pour son ex-compagnon, François Hollande. Armée de sa redoutable combativité, elle fait ardemment campagne, malgré sa position difficile. Là encore, elle n'est pas épargnée par le PS et pas la nouvelle compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler. Le parti oublie ainsi de la faire apparaître dans un clip du candidat Hollande. Quant à l'actuelle première dame, elle la piège en plein meeting en allant, sous l'oeil des caméras, serrer la main à une Ségolène Royal surprise d'abord, furieuse ensuite. La compagne du président portera le coup de grâce en soutenant via Twitter Olivier Falorni.

Si elle tient malgré tout, c’est que Ségolène Royal s’est trouvé un nouvel objectif, à même de lui redonner un rayonnement national : la présidence de l’Assemblée nationale. Pour ce faire, elle se porte candidate dans la première circonscription de Charente-Maritime, où elle est nommée par le PS sans passer par le vote des militants. Une erreur stratégique qu’Olivier Falorni n’aura eu de cesse d’exploiter pendant toute la campagne. Là encore, la défaite, lourde de surcroît (37% contre 63%), est dure à avaler pour Ségolène Royal. "Oui, c'est une déception cruelle que de ne pas pouvoir accéder à la présidence de l'Assemblée nationale", a-t-elle reconnu dimanche, le "regrettant profondément" et pensant qu'elle aurait pu "être très utile à cette responsabilité là".

Sauf que la présidente de Poitou-Charentes se définit d’abord par une pugnacité rare. "Je continuerai à peser sur les choix et sur la réussite de la politique nationale que mène le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et le président de la République"", a-t-elle déclaré dans la soirée. En briguant le poste de première secrétaire du PS, par exemple ? "Je n'exclus rien, je réfléchis et je veux de toutes mes forces continuer à mettre mon expérience et mon savoir-faire et mon amour de la France au service des Français", a-t-elle répondu. Au fond du gouffre, Ségolène Royal entend donc déjà rebondir au plus vite.

  • a a
46

Et aussi

Ajouter un commentaire

Votre commnentaire a bien été envoyé, vous allez recevoir un email de confirmation

Message d'erreur

    En ce moment sur Europe 1

    Le flash politique
    1. Hier

      Hamon : "pas de compétition" à Bercy

    2. Hier

      Sondage : net recul de la popularité de Copé

    3. Hier

      Le Pen : suicide à Notre-Dame, "un geste politique"

    4. Hier

      Christian Jacob prône la retraite à 65 ans

    5. Hier

      Tornade : le bilan abaissé à 24 morts

    6. Hier

      Paris : Bernadette Chirac vote NKM

    7. Hier

      Parlement : vacances du 26/07 au 9/09

    8. Hier

      Ordonnances/logement : l'UMP votera contre

    1. Hier

      Borloo et son "dîner de l'inversion de la courbe du chômage"

    2. Hier

      Mariage gay : "la droite devient barjot" (PS)

    3. Hier

      Abus de biens sociaux : Kucheida condamné

    4. Hier

      26 mai-mariage gay : dernière manif de Copé

    5. Hier

      Cahuzac: l'administration fiscale "exemplaire"

    6. Hier

      Cahuzac : "je suis en train d'écrire un livre"

    7. Hier

      Batho : le gaz de schiste, "un refus politique"

    8. Hier

      Cahuzac : "685.000 euros ont été rapatriés"

    1. Hier

      Cahuzac : "la vérité rend libre"

    2. Hier

      Le Foll dément toute taxe sur le vin

    3. Hier

      Primaires UMP : prolongation du délai d'inscription

    4. Hier

      Monde arabe : la France doit faire mieux (Woerth)

    5. Hier

      Arnaud Montebourg défend son bilan

    6. Hier

      Mariage gay: l'UMP court "après Barjot" (PS)

    7. Hier

      Paris-UMP : Peltier ne veut pas de NKM

    8. Hier

      Valérie Trierweiler est à Cannes

    1. Hier

      Elue, Le Pen"abolirait" le mariage homosexuel

    2. Hier

      NKM : Hollande est "un cancre qui redouble"

    3. Hier

      Moscovici accuse l'UMP de "French bashing"

    4. Hier

      Lot-et-Garonne : il y aura un candidat EELV

    5. Hier

      Lot-et-Garonne: "menace du FN" (PS)

    6. Hier

      Cahuzac: "c'est ce qu'il fallait" (Moscovici)

    7. Hier

      Cahuzac "a pris la bonne décision" (Désir)

    8. Hier

      Le Drian : "il faut se préparer à construire des drones"

    1. Hier

      Le Drian : "les dirigeants ont du respect pour la France"

    2. Hier

      Les Français verraient bien Aubry à Bercy

    3. Hier

      Cahuzac : le PS local se félicite

    4. Hier

      Cahuzac : "je ne serai pas candidat"

    5. Hier

      Mariage homo: "je ne crois pas à une abrogation" (Borloo)

    6. Hier

      UMP : Copé exclut le report d'un second vote

    7. Hier

      Fracture du sacrum pour Marine Le Pen

    8. Hier

      Vallaud-Belkacem ira au 1er mariage gay

    1. Hier

      Mariage homo : Copé "respecte"

    2. Hier

      Impôts : Tapie récuse tout cadeau

    3. Hier

      Sondage : l'image de l'UMP est négative

    4. Hier

      Les 1ers mariages gay "avant le 1er juillet"

    5. Hier

      Dumas : Hollande, "un petit jeune, gentil"

    6. Hier

      Dumas : "Marine Le Pen a moins de talent que son père"

    7. Hier

      Boutin lance un appel à la "résistance"

    8. Hier

      Jacob : le combat "continue"

    1. Hier

      Bové prédit "une gamelle" à Cahuzac

    2. Hier

      Guaino n'imagine pas de primaire pour Sarkozy

    Europe 1 sur les réseaux sociaux
    Europe 1 Vidéos

    Pour retrouver les vidéos d'Europe1, cliquez ici

    Humour, politique, culture, sport, économie, découvrez toutes les vidéos d'Europe1.

    Toutes les vidéosVidéos les plus vues
    Evénement