Sécurité : les candidats durcissent le ton

Après Toulouse, le thème de la sécurité ne quitte plus la campagne
Après Toulouse, le thème de la sécurité ne quitte plus la campagne © REUTERS
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Hélène Favier , modifié à
La tuerie de Toulouse a replacé les questions de sécurité au cœur de la présidentielle.

Sarkozy à Rueil-Malmaison, Hollande en Corse, Bayrou au Zénith de Paris : tous les candidats à la présidentielle ont, ce week-end, durci leur discours sur la sécurité.

Et pou cause : les tueries de Toulouse et Montauban ont marqué "un tournant dans la campagne", explique le politologue Stéphane Rozès. Le fondateur de l’agence CAP prédit d’ailleurs que "les débats vont désormais se développer sur le terreau des questions identitaires, d’intégration, d’immigration".

"On imagine mal, par exemple, que Nicolas Sarkozy revienne s’aventurer sur le territoire de viande halal et casher. Mais, la sécurité, en revanche, est devenue incontournable, alors qu’elle n’était, jusqu’à présent, classée qu’au neuvième rang des priorités des Français", explique à Europe1.fr Gaël Sliman, directeur du pôle Opinion de l’institut BVA. Et de fait, le thème "sécuritaire" colle à la campagne. Qu’ont annoncé les candidats ? Qu’ont-ils proposé ? Tour d’horizon de leurs discours d’après-Toulouse.

DUEL SARKOZY - HOLLANDE 

• Sarkozy promet de nouvelles lois

Nicolas Sarkozy d’abord - qui s’attend à de mauvais chiffres sur le front du chômage - a cherché tout le week-end à entretenir la dynamique dans laquelle il est depuis une semaine. "Contesté sur le chômage ou le pouvoir d’achat, il est considéré par les Français comme un homme de gestion de crise", estime Gaël Sliman. Le président candidat a donc tout intérêt à faire durer la séquence sur les causes et  les conséquences des tueries de Montebauban et de Toulouse.

En meeting, samedi à Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine, aux côtés de son ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, le candidat UMP a mené une attaque en règle contre son adversaire socialiste, jugeant que François Hollande peut "s'indigner, tergiverser, hésiter, esquiver, finasser, refuser de voter les lois" anti-terroristes, "c'est son droit mais ces lois seront votées si les Français choisissent de me faire confiance".

Le président-candidat a également répété que désormais, "toute personne qui consultera de manière habituelle des sites Internet qui font l'apologie du terrorisme" ou qui se rendra "à l'étranger pour y suivre des stages d'endoctrinement sera punie pénalement". Ces mesures qui figuraient déjà dans un projet de loi présenté en 2005 après les attentats de Londres, notamment la surveillance des Français qui partent passer plusieurs mois en Afghanistan ou en Syrie, seront de nouveau mises à l’ordre du jour du Conseil des ministres, mercredi ou la semaine prochaine. Enfin, Nicolas Sarkozy a fait savoir, lundi matin, que les prédicateurs musulmans controversés seront interdits de séjour en France. 

• Un ton durci chez Hollande, mais pas de nouvelles mesures

Pas d’annonces de nouvelles mesures du côté de François Hollande. Sans amender son projet 2012, le candidat socialiste s’est contenté de durcir son discours sur ce même thème de la sécurité. Samedi à Ajaccio, il a ainsi pilonné le bilan du "candidat sortant", prenant la Corse, - "où les violences faites à la personne ont été en constante augmentation" - à témoin des échecs de cinq ans de sarkozysme.

L’élu de Corrèze a ainsi reproché à son adversaire d'avoir manqué "aux objectifs qu'il s'était lui-même assigné", du fait notamment de suppressions de postes dans la police et pointé une "montée des violences depuis cinq ans".

 "L'Etat doit être sans faiblesse et lutter contre le crime organisé, comme contre les bandes", a-t-il encore insisté, réclamant plus de moyens.

Mais l’intérêt de François Hollande dicte que la campagne revienne rapidement sur les thématiques économiques et sociales, désignées dimanche à Bastia comme les "urgences" qui ne doivent pas être "absorbées" par le sujet de la sécurité.

LE PEN REVIENT SUR SES CIBLES FAVORITES

• Marine Le Pen veut "un mois de service obligatoire"

De son côté, Marine Le Pen poursuit, depuis Toulouse, sur ses thèmes habituels : l'immigration et la lutte contre l'islamisme. Mais en tapant plus fort.

Très virulente, la candidate frontiste a ainsi fait feu de tout bois dimanche près de Nantes, et a promis de repousser "l'avancée du fascisme vert" en France.

Lundi matin, son porte-parole a renchéri (encore) proposant le rétablissement d'un mois de service militaire obligatoire pour détecter les jeunes se trouvant sous l'emprise du salafisme. "Il faut mettre en place des mesures qui permettent d'éviter la réitération de ce genre de drame et notamment une bien meilleure surveillance de l'islam radical", a indiqué sur LCI Florian Philippot.

• Bayrou veut des sous-préfets es sécurité

 Enfin, chantre de la réduction des déficits, François Bayrou a, lui-aussi, dû changer son discours et l’infléchir sur le thème de la sécurité. En scène dimanche au Zénith de Paris, il a donc fustigé ces "guerres de religions qui ne finissent jamais" et proposé de "réimplanter les forces de police dans les quartiers devenus zones de non droit". Selon le candidat centriste, ces zones devraient être dirigées par "un sous-préfet chargé de coordonner tous les services de l'État avec l'obligation de résidence dans le quartier".

La lutte contre le trafic d'armes est aussi érigée comme un des priorités du MoDem. "Tout le monde s'en accommode, a-t-il souligné. Pas moi."