Les "salles de shoot" refont parler d’elles

Par Rémi Duchemin

Publié le 29 août 2012 à 16h09 Mis à jour le 29 août 2012 à 22h28

Déjà installées en Suiie, en allemagne ou en Australie, les salles de shoot n'ont pour l'heure pas le droit de cité en France.

Déjà installées en Suiie, en allemagne ou en Australie, les salles de shoot n'ont pour l'heure pas le droit de cité en France. © MAXPPP

Le PS Jean-Marie Le Guen souhaite la mise en place de ces structures réservées aux toxicomanes.

En la matière, Jean-Marie Le Guen est un récidiviste. Le député de Paris réclame, comme à l'été 2010, une nouvelle fois au gouvernement l’autorisation de mettre en place des "salles de shoot" dans la capitale. "A Paris, nous sommes prêts à monter très rapidement une ou plusieurs de ces salles", assure-t-il mercredi dans le Parisien. "Marseille, Toulouse et Saint-Denis notamment sont des villes elles aussi intéressées", assure l’élu socialiste. Déjà expérimentées dans des pays européens, ces salles d’injection de drogue avaient été l’objet d’une polémique à l’été 2010, close par l’hostilité au dispositif de François Fillon, alors Premier ministre. Aujourd’hui, "il y a urgence", prévient Jean-Marie Le Guen.

• Une "salle de shoot", c'est quoi ? Ces salles de consommations supervisées sont parfois également appelé salles d’injection, car elle concerne avant tout les héroïnomanes, qui consomment leur drogue avec une seringue. Dans ces salles, les toxicomanes bénéficient de bonnes conditions d’hygiène, utilisant notamment des seringues neuves. Il s’agit là d’éviter des contaminations de maladie telles que le Sida ou l’hépatite C.

Par ailleurs, les "salles de shoot" bénéficient de la présence de personnels de santé qualifiés. Les usagers amènent leur drogue, car il est évidemment hors de question d’en vendre dans ces structures. Les professionnels présents sur place n’aident non pas à l’administration des drogues, mais observent les pratiques, mais le cas échéant, ils peuvent conseiller ou proposer un soutien à un toxicomane qui souhaiterait décrocher.

• Quels pays les ont expérimentées ? La première salle de ce type a été installée en Suisse il y a déjà plus de vingt ans. Depuis, ds structures similaires ont vu le jour dans des pays européens tels que l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg, l’Espagne, la Norvège et bien sûr la Suisse. L’Australie et le Canada en ont également mises en place. Une étude de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies montre que ces centres d’injection n’entraînent pas une hausse de la toxicomanie dans les populations environnantes.

• Quels sont les arguments de Jean-Marie Le Guen ? Le député de Paris s’appuie d’abord sur des chiffres montrant une augmentation de la toxicomanie dans la capitale. "La consommation d'héroïne augmente à Paris. Le nombre de seringues utilisées dans les distributeurs automatiques progresse de 7% au premier semestre 2012 par rapport à la même époque en 2011 et les personnels des associations trouvent davantage de seringues dans les rues", détaille l’élu socialiste.

"Ces structures apporteront plus de sécurité dans les quartiers concernés", argumente encore Jean-Marie Le Guen. "Je préfère que les gens lourdement précaires et toxicomanes consomment de la drogue dans des salles dédiées plutôt qu'ils se piquent dans une cage d'escalier ou dans la rue, comme c'est le cas actuellement. Et qu'ils soient entourés par des professionnels de santé, afin que l'on puisse garder un contact avec eux et les accompagner vers un sevrage", énumère le député.

• Qu’en pense l’exécutif ? Pendant la campagne présidentielle, François Hollande s’était montré favorable au concept. "J’ai entendu avec intérêt les propositions des maires des grandes villes comme Paris et Marseille visant à améliorer la réduction des risques liés à la consommation de drogue. Je leur laisserai la possibilité de mener des expérimentations pour améliorer la santé des usagers de drogue et réduire les nuisances dans nos quartiers", avait promis le futur président de la République le 19 mars 2012 aux membres d’Aides, l’association de lutte contre le Sida. Mais le candidat socialiste avait aussi joué la prudence. "Il faudra ensuite évaluer l’impact de ces démarches sur la santé et la tranquillité publique", avait-il tempéré. Pour l’heure, ni Matignon ni l’Elysée n’ont réagi à la demande de Jean-Marie le Guen.

• Qu’en pense l’opposition ? Quand elle était majorité, l’UMP était déjà contre les salles de shoot. Aucune chance donc que la requête de Jean-Marie Le Guen trouve un écho au sein de la droite. "Ouvrir des salles de consommation de drogues, ce n'est pas lutter contre le fléau de la drogue, c'est banaliser l'usage et c'est légaliser la consommation des drogues les plus dures et cela aux frais des contribuables !", s'insurge dans un communiqué Camille Bedin, secrétaire nationale du principal parti d'opposition. "Le rôle de l'Etat est avant tout de protéger et d'aider les plus fragiles à sortir du piège des toxicomanies et non de les y enfermer", poursuit-elle.

Les responsables parisiens de l'UMP, les députés Jean-François Lamour et Philippe Goujon, estiment de leur côté que "le signal envoyé aux jeunes, à leurs familles ainsi qu'à tous ceux qui, sur le terrain veulent aider les toxicomanes à lutter contre leurs addictions, serait absolument négatif".

En 2010, c’est pourtant Roselyne Bachelot qui avait lancé la polémique. La ministre de la Santé d’alors avait annoncé lors de la conférence internationale sur le Sida, à Vienne, la mise en place d’une concertation sur le sujet. La réaction de François Fillon, alors Premier ministre, avait été aussi laconique que limpide. Les "salles de shoot" ne sont "ni utiles, ni souhaitables", avait-il répondu.

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