Le vote catho jouera-t-il un tour à Sarkozy ?

Par Laurent Berbon

Publié le 25 janvier 2012 à 19h15 Mis à jour le 25 janvier 2012 à 19h29

Nicolas Sarkozy a dénoncé mercredi, sans le nommer, le projet de son rival socialiste François Hollande d'inscrire dans la Constitution la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat, l'accusant de "menacer un consensus vieux de près d'un siècle".

Nicolas Sarkozy a dénoncé mercredi, sans le nommer, le projet de son rival socialiste François Hollande d'inscrire dans la Constitution la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat, l'accusant de "menacer un consensus vieux de près d'un siècle". © Reuters

Le chef de l’Etat perd du terrain dans cet électorat acquis à sa cause en 2007.

En 2007, cet électorat, historiquement ancré à droite avait très majoritairement voté pour Nicolas Sarkozy. D’après les dernières enquêtes d’opinion, 2012 ne devrait pas déroger à la règle. Un sondage Ifop rendu public mercredi sur "l'intention de vote des catholiques à trois mois de l'élection présidentielle" indique qu’au premier tour, les catholiques pratiquants - ceux qui vont à la messe au moins une fois par mois - placent encore le chef de l’Etat en tête, avec 38% des intentions de vote. D’autres indicateurs montrent toutefois qu’une frange de l’électorat catholique est tentée d’aller voir ailleurs.

Sarkozy perd 11 points en cinq ans

Selon cette même étude de l’Ifop, - qui évalue les électeurs se déclarant catholiques pratiquants à 15% de la population française. Soit 6,5 millions d’électeurs potentiels si l’on rapporte ce pourcentage au nombre d’électeurs -, avec un score bien au-dessus de son score national (24%), Nicolas Sarkozy devance ainsi de 16 points le candidat du PS François Hollande. Mais le chef de l’Etat perd 11 points dans les intentions de vote au second tour, entre 2007 et 2012.

"En l’état actuel de l’opinion, ce sont 650.000 catholiques pratiquants qui, après avoir voté pour lui en 2007, ne voteront pas pour Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle, et qui lui feront, peut-être, manquer sa réélection", observe l’Association pour la Fondation de Service Politique (AFSP), think-tank catholique conservateur et partenaire de l’Ifop. "650.000 électeurs, ça fait 2% au final. Sur une élection qui se jouerait à 48/52, ça changerait tout", prévient François de Lacoste Lareymondie, vice-président de l’AFSP.

"Un certain nombre de déçus"

Comment expliquer alors cette érosion alors que, dans le même temps, l’AFSP observe que le bilan du quinquennat est "loin d’être totalement négatif du point de vue des catholiques pratiquants", citant notamment le refus du chef de l’Etat de légaliser l’euthanasie ou l’homoparentalité. "Il y a eu un décrochage, non pas au moment de la polémique sur les Roms, mais au moment de l’affaire de l’EPA", explique Jérôme Fourquet de l’Ifop. D’après ce dernier, "le rapport" qu’entretient le chef de l’Etat avec "l’argent" a davantage marqué les esprits que son discours de Latran de 2007, où il avait voulu remettre la religion au cœur de la vie de la cité.

Cette déception, les catholiques pratiquants interrogés par Europe1.fr l’interprètent différemment. "J’étais assez enthousiaste en 2007. Mon enthousiasme a diminué dès le lendemain de l’élection", confie François Billot de Lochner, à la tête du collectif Audace 2012, de sensibilité conservatrice. Ce dernier a notamment été marqué par l’épisode du Fouquet’s, "une erreur tellement grossière". Le père Rougé, curé de la paroisse Sainte-Clothilde à Paris, observe lui aussi "un certain nombre de déçus". "Une part de déception liée au début du quinquennat", mais aussi à « la fragilité éthique des membres ministériels", ajoute le directeur du Service Pastoral d’Etudes Politiques (SPEP).

Un message relayé depuis des mois par la candidate du Parti chrétien-démocrate Christine Boutin. "L’UMP se coupe de l’électorat catholique", avait critiqué en septembre dernier l’ex-ministre du gouvernement Fillon, qui, au passage, recueille 1% des intentions de vote chez l’ensemble des catholiques.

La tentation du FN

Si une frange de l’électorat catholique se détourne donc de Nicolas Sarkozy, à qui profite cette situation ? Pour le député UMP des Yvelines, Etienne Pinte, catholique engagé, il faut chercher du côté du Front national. Dans Extrême droite. Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire, un livre cosigné avec le prêtre Jacques Turck, ce proche du Premier ministre affirme que le vote pour l’extrême-droite ne constitue plus un tabou pour un certain nombre de croyants. "Depuis plusieurs mois, nous assistons à une montée en puissance de l’extrême droite chez nos concitoyens en général, mais aussi chez les pratiquants. L’image du FN a considérablement changé avec l’arrivée de Marine le Pen", étaye-t-il.

"Par rapport à 2007, une dynamique Marine Le Pen existe", confirme aujourd’hui Jérôme Fourquet de l’Ifop. Mais ce dernier relativise aussitôt les chiffres. "Les non-pratiquants – catégorie par ailleurs aux contours très flous - font gagner 7 points à Marine Le Pen par rapport à 2007. Mais chez les pratiquants, la déperdition du président sortant ne se fait pas au profit de Marine Le Pen". Pour sa part, le père Rougé fait le même constat dans sa paroisse. S’il reconnaît qu’"un certain nombre de catholiques ont le sentiment que le FN est plus ferme sur le plan de la famille et de la défense de la vie", le curé de Sainte-Clothilde assure qu’il y en a d’autres "très réservés sur l’histoire et le ton" du parti d’extrême droite.

Les bons chiffres d’Hollande

Plus surprenant cette déperdition de Nicolas Sarkozy semble faire les bonnes affaires du candidat socialiste à la présidentielle. Le sondage Ifop de mercredi montre une percée de François Hollande chez les catholiques pratiquants par à rapport à 2007. Le socialiste fait 6 points de plus que Ségolène Royal à la même période. Une embellie encore plus notable au second tour. Face à Nicolas Sarkozy (61%), le socialiste (39%) fait 11 points de plus que Ségolène Royal (28%) il y a cinq ans. Et si le second tour donne une prime à la droite chez les catholiques pratiquants, on note un léger avantage à la gauche chez les non-pratiquants.

"Il y a un changement de comportement qui est en train de s’accélérer", analyse l’Association de Fondation de service politique. Des scores d’autant plus étonnants que le sondage Ifop a été réalisé du 12 au 20 janvier 2012, soit en pleine polémique sur le quotient familial.

Progression d’adhésion ou de rejet ? "Je ne crois pas à une progression d’adhésion" à François Hollande, explique François de Lacoste Lareymondie, de l’AFSP. Ce dernier penche pour un "rejet de la personne" du chef de l’Etat, mais précise que les bons scores de François Hollande restent fragiles. En effet, selon lui, l’électorat catholique du socialiste contient encore un fort contingent d’électeurs ayant voté pour Bayrou en 2007. Sachant que cette catégorie de la population est généralement plus "civique" que la moyenne nationale, le candidat centriste, qui ne décolle pas dans l’électorat catholique par rapport à 2007, dispose donc d’ "une marge d’espoir à récupérer chez François Hollande".

Reste à savoir le discours du Bourget de François Hollande va être déterminant. "Présider la république, c’est être viscéralement attaché à la laïcité", a en effet martelé, dimanche dernier, le candidat socialiste.

Dans une élection présidentielle qui risque de se jour à quatre, Nicolas Sarkozy devra ainsi veiller à limiter les pertes dans l’électorat catholique, même si le chef de l’Etat dispose toujours d’une large marge d’avance sur ses concurrents. Dans ses vœux au monde religieux mercredi, le chef de l’Etat a d’ores et déjà envoyé un signal fort mercredi, en fustigeant notamment "l'intégrisme de la laïcité".
*Le sondage a été réalisé par téléphone du 12 au 20 janvier auprès d’un échantillon de 1.935 personnes âgées de 18 ans et plus, inscrites sur les listes électorales, dont 1.178 se déclaraient catholiques.

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