Le discours d'Hollande décodé

Par Hélène Favier

Publié le 22 janvier 2012 à 20h19 Mis à jour le 23 janvier 2012 à 10h23

"Décollage réussi" pour Hollande au Bourget

"Décollage réussi" pour Hollande au Bourget © REUTERS

DECRYPTAGE - Rhétorique, storytelling : Europe1.fr a décodé son discours du Bourget.

"Offensif", "clair", "percutant" : après le premier grand meeting de François Hollande au Bourget dimanche, les militants socialistes, galvanisés, avaient le sentiment que le "coup d'accélérateur de la campagne" qu'ils attendaient est enfin venu. Comment Hollande a-t-il réussi son pari, en une heure et demie de discours ? Références, rhétorique, storytelling et name-dropping : Europe1.fr a décortiqué le texte.

Le décor

Rien à voir avec les autres meetings de François Hollande où l’enthousiasme était très mesuré. Cette fois, les 19.000 sympathisants socialistes de l’immense salle du parc des expositions du Bourget étaient chauffés à blanc (Ecoutez un exemple ici). Flanqués de drapeaux, de t-shirts à l'effigie de leur champion et de vuvuzelas, les militants ont hurlé, applaudi à tout rompre et scandé le nom de François Hollande alors que les sonos diffusaient Alain Souchon, Stevie Wonder, Indochine, une composition inconnue sur le thème du "changement" et un micro-concert live de Yannick Noah. Côté mise en scène, le meeting était simple sans être "cheap". Rien de tape à l’œil donc, ni de show à l’américaine comme avait pu les concevoir Nicolas Sarkozy, en 2007, porte de Versailles. François Hollande, lui-même, est resté sobre. Lui, qui avait habitué son auditoire aux blagues et aux bons mots, est resté sérieux, voire solennel.

Name-dropping

Discours de politique générale oblige, François Hollande a égrainé sa prise de parole de références politiques et littéraires. Côté culture, ce fut Albert Camus, exemple de réussite à la française. "L'égalité, c'est ce qui a permis à un enfant, orphelin de père, élevé par une mère pauvre, sourde et illettrée, de devenir prix Nobel de littérature. Il s'appelait Albert Camus", a ainsi raconté François Hollande, tandis que, côté politique, il rendait hommage à Lionel Jospin et François Mitterrand, évidemment. "La gauche, je l'ai choisie, je l'ai aimée, je l'ai rêvée avec François Mitterrand dans la conquête", a-t-il, par exemple, rappelé.


LA RHÉTORIQUE

Le mot qu’il a le plus cité

Si Ségolène Royal avait choisi, en 2007, de placer sa campagne sous le signe de la fraternité, François Hollande, lui, a opté, en 2012, pour "l’égalité". Selon le candidat socialiste, cette égalité - citée 38 fois dans son discours - passe par la réforme fiscale, le droit des homosexuels au mariage, la parité homme-femme, le droit de vote local des étrangers non communautaires.

Le maître-mot

"Le rêve français, c’est le creuset qui permet à toutes les couleurs de peau d’être à égalité de droits et de devoirs. Le rêve français, c’est l’affirmation des valeurs universelles qui vont bien au-delà des frontières, qui vont bien au-delà de la Nation (…). Le rêve français, c’est une force, c’est le projet que je vous propose, parce qu’il nous ressemble, parce qu’il nous rassemble !". François Hollande se voit en chantre du "rêve français" qu’il entend bien réincarner. "Le rêve" est revenu à 23 reprises dans son discours.

Le mot d’ordre

"Je serai le président de la fin des privilèges", a martelé, dimanche, François Hollande s’opposant, en creux à un président de la République qu’il considère comme "injuste". Face à lui et après lui, le candidat socialiste promet donc de rétablir la "justice" et commencera - symboliquement - "par réduire de 30 % les indemnités du Président et des membres du gouvernement, tout simplement pour donner l’exemple". Comme le principe d’égalité, c’est toute son action que François Hollande promet de ranger sous ce principe de justice : "Avant toute réforme, toute décision, toute loi, je ne me poserai qu'une seule question: ce qu'on propose est-il juste?", a-t-il insisté.

Le mot oublié

Pas une seule fois dans son discours, François Hollande n’a cité le nom de son adversaire : Nicolas Sarkozy. "Il n’a même pas besoin de nommer Nicolas Sarkozy pour pouvoir l’affronter", a ironisé, plus tard, le socialiste Michel Sapin dans une interview au JDD.fr.

Les mots mystiques

"Présider la République, c’est à cette fonction que je me suis préparé. J’en sais la grandeur, la dureté. Je veux le faire en étant digne de votre confiance et en restant fidèle à moi-même. Tout dans ma vie m’a préparé à cette échéance : mes engagements, mes responsabilités, mes réussites, mes épreuves". "Dureté", "fidélité", "confiance" et "grandeur". L’engagement en politique pour François Hollande est comme un "sacerdoce", comme un acte de foi.


STORYTELLING

Sa doctrine

Pour sortir d'une crise économique qui "déstabilise les Etats", François Hollande promet s'il est élu le 6 mai de combattre "sans faiblesse" un "monde de la finance" érigé en "adversaire", de s'attaquer aux "privilèges" fiscaux et de relancer l'idée européenne. "Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu et pourtant il gouverne : cet adversaire, c'est le monde de la finance", a proclamé le candidat socialiste. Dans cette lutte, une mesure aura valeur de symbole: le vote d'une loi sur la séparation des activités de crédit et spéculatives des banques dès les premiers mois de son mandat s'il est élu.

Son histoire

Le socialisme, il l’a choisi. Voilà, en substance ce que François Hollande a voulu dire de lui en évoquant ses racines. "Je suis socialiste. La gauche, je ne l'ai pas reçue en héritage. Il m'a fallu décider lucidement d'aller vers elle". "Je remercie mes parents : mon père, parce qu'il avait des idées contraires aux miennes et qu'il m'a aidé à affirmer mes convictions, ma mère, parce qu'elle avait l'âme généreuse et qu'elle m'a transmis ce qu'il y a de plus beau : l'ambition d'être utile", a encore ajouté le candidat. Comme on est jamais mieux servi que par soi-même, Hollande a ensuite mis en avant ses qualité : "Je ne m'exhibe pas, je reste moi-même, c'est ma force (...) Je suis constant dans mes choix, je n'ai pas besoin de changer en permanence". "Je revendique une simplicité qui n'est pas une retenue mais la marque d'une authentique autorité". Bref, il est, encore, une fois, le candidat "normal". Et qu’on ne lui fasse pas de reproche sur son CV, l’élu de Corrèze a déjà une réponse : "Certains me reprochent de n'avoir jamais été ministre. Quand je vois ceux qui le sont aujourd'hui, ça me rassure !".

Ses piques

"J’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent", a lancé François Hollande, encore une fois sans citer de nom. Mais son auditoire aura compris.

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