Hollande est-il "Obama compatible" ?

Par Gaétan Supertino

Publié le 18 mai 2012 à 12h35 Mis à jour le 18 mai 2012 à 17h05

Recevoir un "socialiste" n'est pas très bien vu aux Etats-Unis, mais François Hollande et Barack Obama ont de nombreux points communs..

Recevoir un "socialiste" n'est pas très bien vu aux Etats-Unis, mais François Hollande et Barack Obama ont de nombreux points communs.. © Reuters

Le président français doit rencontrer son homologue américain à 17h heure française.

"Oh my god, a socialist !" À première vue, on pourrait croire que François Hollande ne sera pas à sa place vendredi, lors de sa visite aux Etats-Unis. Si la rapide invitation de Barack Obama pourrait passer pour une belle main tendue, pas sûr que les Américains accordent un accueil si chaleureux que ça au président Français.

Son tort principal ? Être issu d’un parti avec "socialiste" dedans. Or ce terme rime encore avec soviétique, goulags et armée rouge pour beaucoup de citoyens outre-Atlantique. "Le fait est que Hollande est un socialiste français, et même si ce n'est pas aussi grave qu'il paraît, cela reste une insulte dans ce pays aux Etats-Unis", explique au Washington Post Justin Vaisse, spécialiste des relations transatlantiques à l'institut Brookings de Washington.

Obama et Hollande pas si différents

Or les Etats-Unis sont à l’aube d’une élection présidentielle. Et se montrer avec un socialiste pourrait être contre-productif pour le président américain. "Pour Obama, au fond, Sarkozy ou Hollande, c’est du pareil au même. Sauf que le ‘socialiste’ est plus difficile à présenter à ses côtés comme un partenaire fiable", renchérit le sociologue spécialisé Charles-Pierre Halary, dans le nouvel Observateur. Pourtant à y regarder de plus près, les deux hommes ne sont pas si différents que ça.

Sur le plan économique d’abord. François Hollande et Barack Obama fustigent tous deux les plans d’austérité mis en place en Europe, depuis le début de la crise de la dette. L’un comme l’autre prônent une nette amélioration de la croissance sur le vieux continent. "Si la croissance déçoit à chaque fois, les gouvernements sont forcés de réduire des dépenses ou d’augmenter les impôts immédiatement pour compenser. Ceci risquerait de créer une spirale négative d'auto-renforcement de l’austérité, tuant encore d’avantage la croissance", met en garde le ministre de l'Économie et des Finances Timothy F. Geithner, interrogé par le New York Times.

Et s’il se garde bien de dire aux Européens comment relancer cette croissance, les mesures et propositions de l’administration Obama se rapprochent de celles de François Hollande. Ce dernier veut – par les euro-bonds, une réforme de la BCE ou de la Banque européenne d’investissement par exemple – relancer la croissance en Europe par l'emprunt et la dépense publique. Or en 2009, Barack Obama avait lui aussi promulgué un plan de 800 milliards de dollars pour stimuler l'économie, financé essentiellement par l'emprunt.

Election de Hollande : "avertissement pour les républicains"

Les républicains fustigent depuis le bond de la dette américaine, mais les démocrates vantent un plan qui aurait permis de sauver quatre millions d'emplois et de relancer la croissance outre-Atlantique. "L'Europe est toujours dans une situation difficile, en partie parce que ses dirigeants n'ont pas pris les mesures décisives que nous avons prises au tout début de cette récession", a d'ailleurs critiqué le président américain le 11 mai dernier.

Et dans son projet de budget 2013, Barack Obama a de nouveau proposé au Congrès de lancer un programme de plus de 800 milliards de dollars de dépenses d'infrastructure et de stimulation de l'emploi sur une période de six ans. Dans un éditorial du NIT titré "Exit Nicolas Sarkozy", un journaliste affirme même que l'élection de Hollande pourrait être un "avertissement" pour les républicains américains qui prônent des mesures d'austérité trop "draconiennes".

Et ce n’est pas tout. Barack Obama veut créer un nouvel impôt sur les millionnaires, pour s'assurer qu'ils versent au moins 30 % de leurs revenus au fisc. Dérisoire comparé au 75% de François Hollande, mais cela passe pour une mesure radicale au pays où le terme impôt apparait aux yeux de beaucoup comme une invention du diable en personne. "Avec François Hollande, on partage la même vision de la société ou de l'économie : tout le monde a le droit de profiter de la prospérité, pas seulement quelques-uns, et en temps de crise, tout le monde doit faire des efforts et contribuer à hauteur de ses moyens.", confie sous couvert d'anonymat un membre de l'administration Obama à la documentaliste et chroniqueuse du point Sihem Souid.

Quelques mesures sociétales les rapprochent également. Tout comme François Hollande, Barack Obama est favorable au mariage gay. "Hollande est un progressiste", se réjouit cette même source, qui précise tout de même que droite et gauche sont, en France, d'accord sur un certain nombre de valeurs communes aux démocrates, comme le droit à l'avortement.

L'Afghanistan, principale divergence

Mais il ne faut pas en conclure que Barack Obama est socialiste, ni même que François Hollande défend une politique démocrate américaine. L'embauche de 60.000 fonctionnaires, l'échelle des salaires de un à vingt dans les entreprises publics, où même l'encadrement des loyers promis par François Hollande ne seraient jamais assumés par le gouvernement américain actuel, qui reste très libéral. Sur certains points, comme la défense de la retraite par répartition, même l'UMP passe pour plus à gauche que les démocrates.

Outre leurs différences de fond, François Hollande et Barack Obama risquent également de se quereller quelque peu sur des problèmes d'actualité internationale. Et c'est l'Afghanistan qui sera probablement le principal point d'achoppement. Le président français a promis de rapatrier ses troupes à la fin de l'année, soit près de deux ans avant le calendrier prévu par l'Otan. Le chef de l'Etat américain entend bien lui faire nuancer sa promesse. "Ce sera une décision unilatérale de Paris, qui fait mauvais effet, mais ce n'est pas non plus la fin du monde", observe toutefois le spécialiste Justin Vaïsse. Son collègue Charles Kupchan, du centre de réflexion Council on Foreign Relations, remarque également que Barack Obama, lors d'une visite à Kaboul la semaine dernière, a "donné dans les faits sa bénédiction à la fin de la mission, et ce ne sera pas difficile de trouver un accord qui satisfera tout le monde à Chicago".

Autre point de divergence : le pétrole. Comme l'explique le Figaro, les deux pays sont en désaccord sur l'utilisation des réserves stratégiques de pétrole, dans lesquelles Barack Obama souhaiterait voir les Européens puiser pour faire baisser les prix à la pompe. Une option que François Hollande refuse, redoutant la surcharge ultérieure, lorsqu'il faudra reconstituer les stocks.

Guerre en Syrie, bouclier anti-missile en Europe, nucléaire iranien… Le président américain attendra enfin que François Hollande clarifie sa position sur de nombreux points encore flous. De quoi alimenter largement une conversation lors de leur petit déjeuner.

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