Front de gauche : le PCF relancé

Par Rémi Duchemin

Publié le 14 juin 2012 à 18h22 Mis à jour le 14 juin 2012 à 19h41

Après avoir évolué dans l'ombre de Jean-Luc Mélenchon, le PCF de Pierre Laurent pourrait retrouver le leadership au Front de gauche.

Après avoir évolué dans l'ombre de Jean-Luc Mélenchon, le PCF de Pierre Laurent pourrait retrouver le leadership au Front de gauche. © MAXPPP

Le mauvais score du Parti de gauche aux législatives replace les communistes au centre du mouvement.

Pour le Front de gauche dans son ensemble, le premier tour des élections législatives a été une cruelle déception. Les 6,9% recueillis au niveau national ont douché les enthousiasmes nés du score de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle (11,1%). Et les 13 à 20 sièges promis par les différentes projections sont loin des chiffres escomptés. Mais au sein même du mouvement d’extrême-gauche, c’est sans doute le Parti de gauche qui ressort le plus déçu du scrutin, puisqu’il ne devrait conserver qu’un seul de ses trois députés sortants. Mécaniquement, cela confère au PCF, l’autre grand parti du mouvement, une position de force qu’il avait un peu perdu au sein du Front de gauche.

Le très encombrant Mélenchon

C’est surtout vrai en ce qui concerne la défaite de Jean-Luc Mélenchon. La nomination de l’ancien sénateur socialiste comme candidat à l’élection présidentielle avait fait grincer quelques dents parmi les communistes. Son revers à Hénin-Beaumont n’a donc pas franchement été vécu comme un traumatisme. "C’est indéniable", confirme le politologue Laurent Dubois, joint par Europe1.fr. "Il ne faut pas oublier que Jean-Luc Mélenchon ne vient pas de chez les communistes. Il est celui qui leur a donné une deuxième vie, mais qui leur rappelait aussi sans cesse par sa seule présence combien ils avaient besoin de lui. Et il était très encombrant médiatiquement", estime l’universitaire.

Au Parti de gauche, on se refuse à croire que la défaite de Jean-Luc Mélenchon ait pu en contenter certains. "Aucun communiste ne s’est réjoui de notre défaite à Hénin-Beaumont", jure Denis Coquerel, secrétaire national du PG. "Si Jean-Luc Mélenchon l’avait emporté à Hénin-Beaumont, tout le Front de gauche en aurait profité", juge-t-il.

Le PCF "grand gagnant" du Front de gauche

N’empêche. Si le PCF et le parti de gauche cohabitent au sein du Front de gauche depuis trois ans, ils sont, par leur nature même, très différents. Sinon antagonistes. "Le Parti communiste a des réseaux, il sait faire campagne, a une culture du moment électoral. Le Parti de gauche, lui, a une culture du militantisme alternatif, d’Internet, de la rue, mais sans être très bien organisé", énumère Laurent Dubois. "On se complète, avec le PCF, pour l’instant. Et il n’y pas de raison que ça change", répond Denis Coquerel. "Jean-Luc occupe l’espace médiatique, le PCF occupe le terrain."

Mais au final, "le PCF est le grand gagnant du Front de gauche", estime Laurent Dubois. "Jean-Luc Mélenchon l’a sauvé de la fosse commune, et grâce à la force de son passé, à ses relais, il a mieux figuré aux élections législatives. D’autant que sans Mélenchon, il ne reste au Front de gauche que le PCF", analyse le politologue.

Et fort de sa base militante ô combien plus importante, le Parti communiste, qui revendiquait début janvier au JDD.fr 130.000 encartés dont 70.000 à jour de cotisation, pèsera forcément plus lorsque sera venu le moment de décider de l’orientation stratégique du mouvement. Car de son côté, le Parti de gauche revendique lui 11.000 adhérents. "On a presque doublé ce nombre en un an. On est donc loin d’être affaibli au sein du Front de gauche", veut croire Denis Coquerel. "Et puis c’est vrai que nous ne sommes pas dans un rapport d’égalité, mais d’équité", précise le secrétaire national du Parti de gauche.

Le salut pourrait passer par la rue

Malgré cette bonne volonté affichée, beaucoup d’observateurs prédisent un avenir difficile au Front de gauche. "Chacun risque de vouloir vivre sa propre vie", pronostique Laurent Dubois. "Le Front de gauche est face à un moment de vérité extrêmement cru : où il se radicalise et il va très rapidement entrer en conflit ave la social-démocratie à la sauce hollandaise, où il rentre dans le rang et devient une sorte de Parti radical de gauche, plus haut en couleur", résume l’universitaire.

"Il va falloir qu’on reprenne un bon souffle", reconnaît Denis Coquerel. "Les 11% de la présidentielle ne seront pas transformés au niveau parlementaire. Mais on va rebondir. On fait très peur, c’est ce qui explique la campagne de calomnie actuelle de l’UMP. Et certains prennent leur rêve pour des réalités en annonçant notre implosion. Personnellement, je n’y crois pas", assène le leader du FG. Qui avance une raison principale. "Les communistes, tout comme nous, ne peuvent pas se développer sans le Front de gauche."

Et pour le mouvement, le salut pourrait passer par la rue. "Pour nous, au Front de gauche, les élus, c’est bien sûr très important, mais nous savons qu’il va y avoir des mobilisations sociales très importantes dans les mois à venir, et nous prendrons toute notre place", assure Eric Coquerel. Laurent Dubois abonde : "La seule chose qui reste au Front de gauche, c’est la rue, la contestation, le troisième tour social", estime le politologue. En la matière, le FG a déjà montré son expertise, lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Mais cette fois, le pouvoir est à gauche. La mobilisation risque de s’en ressentir.

  • a a
15

Et aussi

Ajouter un commentaire

Votre commnentaire a bien été envoyé, vous allez recevoir un email de confirmation

Message d'erreur

    En ce moment sur Europe 1

    Le flash politique
    1. 08h37

      Cahuzac : "je suis en train d'écrire un livre"

    2. 08h31

      Batho : le gaz de schiste, "un refus politique"

    3. 08h30

      Cahuzac : "685.000 euros ont été rapatriés"

    4. 08h23

      Cahuzac : "la vérité rend libre"

    5. Hier

      Le Foll dément toute taxe sur le vin

    6. Hier

      Primaires UMP : prolongation du délai d'inscription

    7. Hier

      Monde arabe : la France doit faire mieux (Woerth)

    8. Hier

      Arnaud Montebourg défend son bilan

    1. Hier

      Mariage gay: l'UMP court "après Barjot" (PS)

    2. Hier

      Paris-UMP : Peltier ne veut pas de NKM

    3. Hier

      Valérie Trierweiler est à Cannes

    4. Hier

      Elue, Le Pen"abolirait" le mariage homosexuel

    5. Hier

      NKM : Hollande est "un cancre qui redouble"

    6. Hier

      Moscovici accuse l'UMP de "French bashing"

    7. Hier

      Lot-et-Garonne : il y aura un candidat EELV

    8. Hier

      Lot-et-Garonne: "menace du FN" (PS)

    1. Hier

      Cahuzac: "c'est ce qu'il fallait" (Moscovici)

    2. Hier

      Cahuzac "a pris la bonne décision" (Désir)

    3. Hier

      Le Drian : "il faut se préparer à construire des drones"

    4. Hier

      Le Drian : "les dirigeants ont du respect pour la France"

    5. Hier

      Les Français verraient bien Aubry à Bercy

    6. Hier

      Cahuzac : le PS local se félicite

    7. Hier

      Cahuzac : "je ne serai pas candidat"

    8. Hier

      Mariage homo: "je ne crois pas à une abrogation" (Borloo)

    1. Hier

      UMP : Copé exclut le report d'un second vote

    2. Hier

      Fracture du sacrum pour Marine Le Pen

    3. Hier

      Vallaud-Belkacem ira au 1er mariage gay

    4. Hier

      Mariage homo : Copé "respecte"

    5. Hier

      Impôts : Tapie récuse tout cadeau

    6. Hier

      Sondage : l'image de l'UMP est négative

    7. Hier

      Les 1ers mariages gay "avant le 1er juillet"

    8. Hier

      Dumas : Hollande, "un petit jeune, gentil"

    1. Hier

      Dumas : "Marine Le Pen a moins de talent que son père"

    2. Hier

      Boutin lance un appel à la "résistance"

    3. Hier

      Jacob : le combat "continue"

    4. Hier

      Bové prédit "une gamelle" à Cahuzac

    5. Hier

      Guaino n'imagine pas de primaire pour Sarkozy

    6. Hier

      Municipales/Gamaches : Cléré exclu de l'UMP

    7. Hier

      Municipales/Paris : une tribune pour NKM

    8. Hier

      Aubry: "une joie pour les socialistes" (Désir)

    1. Hier

      Hollande "de droite" selon Mélenchon

    2. Hier

      Cahuzac candidat? "mauvaise chose pour la politique" (Barral)

    3. Hier

      Bercy réfléchit à régulariser l'évasion fiscale

    4. Hier

      Royal-Bercy : "il faut jouer en esprit d'équipe"

    5. Hier

      Royal a trouvé Hollande "offensif"

    6. Hier

      Cahuzac candidat recueillerait 11% des votes

    7. Hier

      En Israël, Sarkozy va être reçu par Netanyahou

    8. Hier

      Le mot "race" va disparaître des lois

    1. Hier

      Soupçon d'emploi fictif : Boutin charge Guéant

    2. Hier

      Hollande rencontre les parlementaires PS

    Europe 1 sur les réseaux sociaux

    En ce moment sur le Lab

    "Il faut les faire soigner"

    "Il faut les faire soigner"
    Europe 1 Vidéos

    Pour retrouver les vidéos d'Europe1, cliquez ici

    Humour, politique, culture, sport, économie, découvrez toutes les vidéos d'Europe1.

    Toutes les vidéosVidéos les plus vues
    Evénement