Fillon, Juppé, Raffarin : ce triumvirat au secours de l'UMP

François Fillon, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, en novembre 2010 (photo d'archive).
François Fillon, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, en novembre 2010 (photo d'archive). © MAXPPP
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LES SAGES AUX COMMANDES - Les trois anciens Premiers ministres assureront la direction collégiale du parti. Suffisant pour sauver la droite ?

Un triumvirat pour l'UMP. Exit Copé, les anciens de Matignon prennent les commandes. Alors que le président de l'UMP a annoncé mardi sa démission, sur fond d'affaire Bygmalion, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon assureront la direction collégiale de l'UMP jusqu'au congrès qui se tiendra en octobre. C'est ce qui a été décidé à l'issue d'un bureau politique sanglant.

La tâche des trois anciens Premiers ministres est ardue : ils devront conduire l'UMP à se choisir une nouvelle direction, sans répéter le psychodrame de novembre 2012, lorsque copéistes et fillonistes s'étaient violemment divisés. Mais dans une ambiance délétère, il est peu probable que les rivalités s'effacent, même au sein du trio nommé à la tête du parti. Car chacun va tenter de tirer son épingle du jeu.

• Fillon, le revanchard

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© MAX PPP

Comme son entourage l'avait annoncé, il est monté au créneau en premier lors du bureau politique. François Fillon a demandé à Jean-François Copé de "se mettre en réserve" de l'UMP pendant la durée de l'enquête autour de l'affaire Bygmalion, faute de quoi il se retirerait de la direction du parti. L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy souhaite "laisser une véritable direction collégiale conduire l'UMP jusqu'à un congrès extraordinaire refondateur, qui permettra aux militants de choisir une nouvelle direction et de débattre sereinement de notre ligne politique", selon le texte de sa déclaration transmis à la presse.

"Nous n'avons que quelques semaines pour sauver l'UMP du désastre", a dramatisé François Fillon, ajoutant qu'"il ne s'agit pas de gagner du temps mais au contraire de prendre de vitesse tous ceux qui parient sur notre mort politique".

Humilié par Jean-François Copé, qui s'est emparé de la présidence de l'UMP au terme de l'imbroglio de novembre 2012, François Fillon tient là une forme de revanche. Dès l'annonce des résultats des élections européennes, dimanche soir, il avait attribué "l'échec" du parti à son rival. L'UMP "est atteinte dans sa crédibilité et doit s'interroger sur les raisons de son échec", avait-il asséné. "Elle n'a pas été en mesure de rassembler et son honneur est mis en cause". Une attaque en bonne et due forme. "C'est simple : il veut la peau de Jean-François Copé", analysait dimanche Alexandre Kara, chef du service politique d'Europe 1.

Fillon a donc réussi à mettre Copé hors jeu… provisoirement. Car ce dernier n'aurait pas pris la décision de se représenter ou non à la tête du parti lors du congrès d'octobre. C'est du moins ce qu'assurait mardi son entourage. Et François Fillon devra aussi compter avec deux autres anciens locataires de Matignon, chargés avec lui de reprendre l'UMP en main.

• Juppé, en embuscade

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© Europe 1

Lui non plus n'a pas été tendre avec Jean-François Copé, dimanche soir. "C'est une défaite sévère pour la droite", avait constaté Alain Juppé. "L'UMP doit changer, recréer les bases d'un accord entre droite et centre". Manière de dire que la stratégie de Copé n'était pas la bonne.

Désormais membre de la direction collégiale du parti, quelle impulsion le maire de Bordeaux va-t-il donner ? Mardi, Alain Juppé comptait demander au bureau politique un rapprochement avec l'UDI et le MoDem pour mettre en place "une plateforme commune". Une stratégie de recentrage destinée à se démarquer du Front national, conforme à la ligne modérée toujours défendue par Alain Juppé.

Mais derrière cette stratégie, il y a aussi une ambition très personnelle. Alain Juppé, qui laisse volontairement planer le doute sur son intention de se présenter à l'élection présidentielle de 2017, pourrait-il se servir de ce nouveau rebondissement comme d'un tremplin ? "Je ne suis pas en situation de faire ce que j'ai fait dans le passé, c'est-à-dire de diriger un mouvement politique", assurait-il lundi. De quoi laisser penser qu'il ne briguera pas la tête de l'UMP en octobre. Mais, malgré ses 68 ans, Alain Juppé voit certainement plus loin, jusqu'en 2017.

• Raffarin, le sage qui rassure

Jean-Pierre Raffarin

© REUTERS

Lui n'a pas d'ambitions présidentielles. Ou en tout cas pas élyséennes, puisqu'il brigue tout de même la présidence du Sénat en septembre. Mais en attendant, Jean-Pierre Raffarin devra jouer les pompiers de service. Celui qui avait soutenu Jean-François Copé lors de la campagne pour la présidence de l'UMP, en 2012, est pourtant plus proche, politiquement, de la ligne de centre-droit incarnée par Alain Juppé.

La preuve : lundi, l'ex-premier ministre de Jacques Chirac avait lui aussi plaidé pour une alliance avec les centristes. "Il faut une initiative structurelle entre l'UMP et l'UDI rapidement", avait-il affirmé sur i>Télé. "Sinon, on revient à une opposition bipolaire" avec "le schéma d'un RPR à droite et d'une UDF au centre", avait-il prévenu. Concernant la direction de l'UMP, Jean-Pierre Raffarin avait appelé à "un vrai management transparent". C'est désormais à lui que revient cette tâche, jusqu'en automne.

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