Eva Joly sème la zizanie

Par Gabriel Vedrenne

Publié le 23 novembre 2011 à 10h13 Mis à jour le 23 novembre 2011 à 14h05

La stratégie d'Eva Joly a désorienté ses alliés et son propre camp. Face à la pagaille provoquée, la candidate écologiste a précisé ses propos.

La stratégie d'Eva Joly a désorienté ses alliés et son propre camp. Face à la pagaille provoquée, la candidate écologiste a précisé ses propos. © MAXPPP

Lâchée par son porte-parole, critiquée par le PS, désavoué par Cohn-Bendit : Joly a dû corriger le tir.

Va-t-elle encore tenir longtemps ? La stratégie de la candidate écologiste Eva Joly ne cesse de semer le trouble au sein de la gauche mais aussi d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). A force de critiquer le PS, elle s'est attirée les foudres des socialistes, mais aussi de son propre camp. Et face à la bronca, Eva Joly a dû faire amende honorable et clarifier la situation : finalement, elle appellera bien "à voter Hollande" s'il est présent au second tour. Retour sur 48 heures de discorde au sein de l'alliance EELV-PS.

Acte 1. Elle multiplie les attaques contre le PS

Déjà accusée de ne pas être assez visible médiatiquement, la candidate a un peu plus exaspéré ses alliés mardi soir en multipliant les piques à l’encontre de François Hollande. "Cet accord ne me fait pas plaisir, il ne me fait pas rêver", a alors déclaré Eva Joly, avant d'ajouter : "j'en veux aux socialistes d'avoir cédé si visiblement aux lobbys du nucléaire".

Rebelote mercredi matin, lorsqu'Eva Joly a refusé de clarifier sa position vis-à-vis des socialistes. Interrogée par RTL pour savoir si elle appellerait à voter PS au second tour, l’ancienne juge d’instruction a refusé de répondre. "Pourquoi vous ne demandez pas si François Hollande appellerait à voter pour moi ? C'est comme si cette situation-là ne pouvait pas se produire...", a-t-elle éludé. Résultats, le PS hausse le ton et sa propre équipe de campagne ne cache plus ses divisions.

Acte 2. Le camp écologiste se fissure

La tension est si vive que le porte-parole d'Eva Joly, Yannick Jadot, a annoncé mercredi matin sa démission. "J'ai démissionné de ma fonction de porte-parole. Je ne partage plus la ligne politique" d'Eva Joly", a-t-il déclaré, évoquant la prise de "distance" de la candidate "avec l'accord" conclu entre les écologistes et le PS. EELV a en effet conclu avec les socialistes un accord de gouvernement qui suppose un minimum de solidarité entre les deux formations politiques. Pourtant, Eva Joly multiplie les critiques à l’encontre de François Hollande.

Daniel Cohn-Bendit, figure de proue du mouvement écologistes français, a lui aussi fait part de son agacement et déclaré mercredi : "Eva Joly fait les mauvais choix politiques". "Qu'elle veuille marquer la différence entre les écologistes et le PS, c'est normal, mais il faut faire la différence entre concurrents (...) et adversaires, qui sont les candidats de droite et d'extrême droite". Et l'eurodéputé d'ajouter : "Eva Joly ne doit pas faire du Mélenchon, du sous-Mélenchon ou du super-Mélenchon".

Acte 3. Le PS demande des comptes

La nouvelle sortie d'Eva Joly n'a pas pacifié sa relation avec ses alliés socialistes. La première secrétaire du PS, Martine Aubry, a donc demandé en milieu de matinée à Cécile Duflot de "clarifier la position" de la candidate Eva Joly. Le PS et EELV ont signé "un accord respectueux de l'identité de chacun", les propos d'Eva Joly sont donc "absolument incompréhensibles", a-t-elle estimé. "Il faut faire attention aux phrases que l'on utilise (...), c'est très important parce que sinon l'électorat est désorienté", a par la suite ajouté Ségolène Royal.

Un peu plus tôt dans la matinée, Jean-Marc Ayrault, conseiller spécial du candidat PS à l'Elysée, n’avait pas caché son irritation. Eva Joly "est-elle devenue une candidate indépendante, qui vit sa vie toute seule ou est-ce qu'elle est la candidate des Verts ? Je pose la question à Cécile Duflot, qu'elle clarifie cette situation", a-t-il lancé sur France Info. Et le maire de Nantes d'enfoncer le clou : il "faut choisir : quand on se prétend pour une République exemplaire, comme Mme Joly, après qu'un accord a été signé entre les Verts et les socialistes, il faut au moins le respecter, c'est la moindre des choses".

Acte 4. La contrition

Face à l'avalanche de reproches, Eva Joly a dû rapidement corriger le tir. Elle a donc clarifié la situation mercredi en fin de matinée : oui, elle appellera bien à voter pour le candidat PS François Hollande s'il est au deuxième tour.

"Dans mon esprit il n'y a jamais eu de doute sur le fait que j’appellerai à voter pour François Hollande s'il est en tête de la gauche au premier tour", a-t-elle martelé, avant d'ajouter : "je ne me trompe pas de combat, je veux battre Nicolas Sarkozy".

Acte 5. Les écologistes se serrent les coudes

Cet acte de contrition a été suivi de plusieurs message de solidarité venus du camp écologiste, comme pour clore ce chapitre agité. L'ex-eurodéputé EELV Alain Lipietz, qui avait dû renoncer à sa candidature à l'élection présidentielle en 2001, a ainsi encouragé Eva Joly, "maintenant en grand danger", à "tenir bon".

"Ce qui a été dit ce matin sur le compte de la maladresse, il faut maintenant tourner la page", a renchéri l'eurodéputé Noël Mamère, mercredi midi sur Europe 1, avant de lancer, compréhensif : "vous ne pouvez pas demander à Eva Joly de faire une campagne de Bisounours".

"Eva Joly a eu une phrase un peu vive, elle a corrigé le tir ce matin en précisant que bien sûr, les écologistes seraient mobilisés sans ambiguïté pour la victoire de la gauche en 2012", a complété Dominique Voynet, elle aussi ancienne candidate à l'Elysée, avant d'appeler les écologistes à "jouer collectif".

Acte 6. Les socialistes veulent fermer la parenthèse

Eva Joly ayant effectué un rétropédalage express, les socialistes ont décidé de calmer le jeu et voulu tourner la page. "Elle a dit ce qu'elle avait à dire, je retiens la dernière phrase", a commenté François Hollande en début d'après-midi.

"Eva a repris ses propos, elle les a rectifiés, dont acte", a ajouté Martine Aubry, avant de conclure : "il y a quelquefois des propos qui peuvent troubler. L'important, c'est qu'on garde la ligne. Les Français souffrent, nous sommes là pour sortir de la crise".

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