Ayrault veut la fin des contrôles au faciès

Par Europe1.fr

Publié le 1 juin 2012 à 11h25 Mis à jour le 1 juin 2012 à 16h18

Selobn le projet du gouvernement, les policiers devront remettre aux personnes contrôlées un récépissé portant leur nom et leur matricule.

Selobn le projet du gouvernement, les policiers devront remettre aux personnes contrôlées un récépissé portant leur nom et leur matricule. © REUTERS

Les policiers devront remettre un reçu aux personnes contrôlées.

Face aux syndicats de policiers, Manuel Valls avait fait montre de prudence la semaine passée. Le nouveau ministre de l’Intérieur avait bien évoqué la possibilité de contraindre les policiers à remettre un reçu aux personnes qu’ils ont contrôlées, en précisant que rien n’était décidé. Depuis, le premier ministre a tranché. Vendredi, Jean-Marc Ayrault a en effet affirmé que cette mesure, censée limiter les contrôles au faciès et pas franchement populaire au sein des forces de l’ordre, allait bien être adoptée. "Le texte est en préparation, le ministre de l'Intérieur y travaille", a affirmé le Premier ministre sur BFMTV.

Une mesure qui n’a "rien de vexatoire"

Concrètement, chaque personne contrôlée se verrait remettre par le policier un récépissé qu’elle pourrait brandir en cas de nouveau contrôle. En outre, le nom et le matricule de l’agent concerné apparaîtrait sur le fameux reçu, pour faciliter d’éventuelles plaintes. "Je pense que ça sera utile à tous. Aux personnes contrôlées, qui doivent être contrôlées mais pas trois, quatre fois, et aux policiers aussi parce que les policiers ont besoin de retrouver la confiance et le respect", a argumenté Jean-Marc Ayrault.

Le Premier ministre connaît l’impopularité d’une telle mesure chez les policiers. Alors il a tenté par avance de déminer les inévitables réactions négatives. "Moi, j'ai confiance dans la mission que les policiers exercent au service de la sécurité", a assuré Jean-Marc Ayrault. "Ils ont besoin qu'on les respecte, qu'on leur fasse confiance. Une mesure de ce type n'a rien de vexatoire pour eux, c'est simplement pour remettre de la sérénité", a-t-il juré.

Promesse de campagne

L’hôte de Matignon a aussi rappelé que cette mesure était une promesse de campagne de François Hollande. Pendant la campagne, l’actuel président de la République avait en effet annoncé son intention de "mettre un terme" aux "contrôles au faciès". C'est "une discrimination de la vie quotidienne, une injustice que je n'accepte pas", avait-il dit, "chaque citoyen mérite la même considération, le même respect".

Le chef de l’Etat s’appuyait sur plusieurs rapports d’associations nationales et internationales, parmi lesquelles Human Rights Watch (HRW), condamnant la propension des policiers français à opérer des contrôles au faciès. En janvier, HRW avait appelé le gouvernement français de l’époque à "condamner publiquement le profilage ethnique" et de "prendre des mesures concrètes". Il aura finalement fallu attendre le changement d’équipe gouvernementale pour que l’organisation américaine soit entendue.

"Message de défiance"

Sans surprise, les syndicats de policiers n'ont pas franchement apprécié l'annonce. "On stigmatise la police comme étant une police raciste. C'est inacceptable", juge Jean-Claude Delage, le secrétaire général d'Alliance, 2e syndicat des gardiens de la paix. "Il est inacceptable de partir de cette présomption. L'annonce faite par le Premier ministre jette le discrédit sur l'honnêteté morale des policiers en laissant penser qu'ils font des contrôles en dehors de la loi", s'insurge le syndicaliste.

"Cela part d'une présomption de discrimination des policiers, qui seraient coupables de pratiquer des contrôles au faciès. Or aujourd'hui il y a la même diversité dans la police que dans la population qu'elle contrôle", renchérit Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-Officiers, 2e syndicat d'officiers. "C'est un message de défiance envoyé aux policiers", regrette-t-il.

Le secrétaire général d'Unité Police (1er syndicat des gardiens de la paix) Nicolas Comte estime lui que cette mesure n'est pas "une priorité". "On ne solutionnera pas la fracture police-population en donnant l'impression aux policiers que la faute vient d'eux", juge-t-il.

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