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L'interview de Jean-Pierre Elkabbach 13/01/2014 - 08:18

Taxis : Gattaz "n’accepte pas le blocage de Paris"

Pour le patron du Medef, "il faut se mettre autour du table et regarder comment on peut intégrer la concurrence"

Pierre Gattaz, président du Medef

Voici ses déclarations :

Qu'est-ce que l’affaire Hollande/Gayet, à la fois publique et privée, change à la relation entre le président de la République et le président du Medef ?

"Rien du tout. C'est une affaire totalement privée, moi je me concentre sur l'économie, l'emploi qui est mon obsession, et le chômage en France."

Cela peut-il avoir une influence sur la fonction présidentielle ?

"Non, c'est une affaire privée comme il y en a, comme il y en a eu. Il y a un président de la République, un gouvernement, et moi je travaille avec eux. D'autant qu'il y a eu une annonce très intéressante le 31 décembre sur le pacte de responsabilité."

Mais vous n'avez pas l'impression que cette enquête de Closer et ces photos volées risquent de déstabiliser la République et son président actuel ?

"Encore une fois, je me concentre sur l'essentiel : l'économie du pays, l'attractivité de la France pour qu'on crée des emplois."

Las Vegas, c'était le XXIe siècle, c'est-à-dire aujourd'hui. Vous avez rencontré des inventeurs et des entrepreneurs français parmi les plus convoités. Et vous avez assisté au triomphe de l'innovation et des objets connectés qui vont submerger l'espace industriel et quotidien. Y a-t-il des applications possibles en France ?

"Absolument. Las Vegas, le Consumer electronic show, est un fabuleux salon, où on a vu beaucoup d'entreprises françaises, de start-ups, où beaucoup de jeunes entrepreneurs ont été exposer des produits. C'est très encourageant pour notre pays, ça veut dire qu'il est capable de rentrer dans le futur, d'apporter des systèmes, des produits, des logiciels. Il y a un potentiel énorme, qui ne demande qu'à être libéré."

L'obsolète s'en va et le neuf apparaît dans la douleur, c'est la destruction créatrice : qu'est-ce que vous en dites aux patrons, par exemple à La Redoute, là où il y a du licenciement ?

"Nous avons de grands défis à relever en France, notamment celui de la mondialisation. Il y a des opportunités extraordinaires. Il y aussi le défi de la filière du futur, dans le cadre d'une accélération du domaine internet."

Et il faut encourager la concurrence.

"Il faut encourager la concurrence, il faut aussi s'adapter en permanence. Il faut que nos salariés soient employables, montent en compétence, il faut leur dire en début de carrière : "Vous connaîtrez peut-être 2, 3, 4, 5 employeurs." Je crois que ce qu'on a signé avec la formation professionnelle était justement pour renforcer l'adaptation de nos entreprises et de nos salariés."

Vous descendez de l'avion et les taxis parisiens bloquent la circulation. Que leur dites-vous ? Il faut de la concurrence, il faut ouvrir, il faut plus de taxis à Paris ?

"Il faut gérer et ouvrir la concurrence, mais il faut l'organiser et l'anticiper. C'est vrai que ce type de blocage est très ennuyeux."

Vous acceptez le blocage de Paris ?

"Non, je n'accepte pas le blocage de Paris, je n'accepte pas les manifestations, je pense qu'il faut se mettre tous autour d'une table et regarder comment on peut intégrer la concurrence dans tous les secteurs, mais de manière intelligente et organisée."

Qu'on soit gouvernant ou citoyen, est-ce qu'on peut accepter le chantage permanent du lobby des taxis ?

"Il faut pas l'accepter, mais il faut les écouter, comment on peut ouvrir, comment font les autres pays européens... Il faut se mettre autour d'une table, ouvrir à la concurrence, mais de manière organisée."

Demain à l'Elysée, vous serez aussi la vedette, même si vous serez absent. Au nom du Medef, vous proposiez un pacte de confiance. François Hollande vous a répondu avec un pacte de responsabilité, c'est-à-dire moins de charge, plus d'emplois. Vous avez répété : "les chefs d'entreprise peuvent ou pourraient 1 million d'emplois sur 5 ans." C'est un engagement ferme de la part du président du Medef ?

"Ce n'est pas un engagement ferme et juridique. C'est un objectif que nous avons donné. Un million d'emploi, c'est passer de 11% de chômage à 8%. C'est pas dramatique, c'est pas catastrophique, c'est pas une fatalité. Nous disons, et nous allons commencer cette mobilisation dès cet après-midi à Lille avec 1500 chefs d'entreprise, que nous pouvons créer des poches de 50 000 emplois dans les 5 prochaines années à la condition que certains chantiers s'ouvrent. C'est ça que nous attendons du président de la République."

C'est-à-dire que l'Etat doit vous accorder un certain nombre de réponses aux conditions que vous demandez, mais vous ne dites pas : "Je vais pas créer des emplois mais créer la mobilisation pour en créer." Donc, on vous donne, mais vous, vous donnez rien.

"Mais on va tout donner. Vous savez, un chef d'entreprise, quand le terreau est bon, en termes de compétitivité et de confiance, il crée naturellement des emplois. Je connais plein de chefs d'entreprise qui ont peur de créer des emplois en France, alors qu'ils pourraient. C'est ça, le problème, c'est qu'il faut qu'à travers l'ouverture de ces 5 chantiers du pacte de responsabilité, on ouvre le terreau France, qui est peuplé de ronces et de pierres. Les ronces, c'est la complexité, les pierres, ce sont les impôts."

Que donnez-vous en contrepartie ?

"Je donne l'engagement du Medef avec tous les chefs d'entreprise, pour dire : " Nous sommes capables de créer un million d'emplois dans les 5 prochaines années et que nous travaillons précisément à travers ces chantiers pour y être intégrés." "

On va voir pour le concret. Est-ce que François Hollande a changé, quand vous discutez et que vous travaillez avec lui, ou est-ce qu'il est le même, mais qu'il s'adapte, qu'il écoute et qu'il nomme les choses ?

"Je crois que par rapport à la situation de la France, nous voyons que tout le monde redémarre, que les Anglais sont repartis, que l'Allemagne est repartie, que même les Espagnols et les Italiens sont repartis à la croissance, alors que nous sommes encore encalminés avec des chiffres économiques désastreux. Il faut faire quelque chose, c'est l'électrochoc que j'attendais au 31 décembre."

Vous ne m'avez pas répondu sur le président de la République. Il promet des baisses de demande publique, vous en demandez. Pouvez-vous donner des exemples ?

"Bien sûr. Nous demandons 50 milliards de baisse de fiscalité d'un côté et 50 milliards de baisse du coût du travail de l'autre."

Vous avez déjà eu les 20 milliards du CICE.

"Vous avez raison, ça ne fait plus que 80 milliards. Ecoutez, je pense que nous devons regarder toutes les mesures qui ont été nommées dans un certain nombre de rapport. Par exemple, la chirurgie ambulatoire devrait nous ramener 5 à 6 milliards. L'excellence opérationnelle : demandons à nos fonctionnaires, nos infirmières, nos brancardiers..."

Donc, des réductions dans la santé, dans l'administration.

"Oui."

Est-ce que vous demandez à ce que les prestations famille ne soient plus financées par les entreprises mais transférées vers tous, vers l'impôt ?

"Absolument. Ça fait partie des solutions simples. Les cotisations familiales, qui pèsent aujourd'hui sur le coût du travail, doivent être transférées sur autre chose. Idéalement, en baisse des dépenses publiques, mais si on ne peut pas le faire immédiatement, en petite hausse de la TVA, avec un coup de pouce au salaire net, car nous pouvons tout à fait imaginer, si on baisse les cotisations salariales et patronales, qu'il y ait une hausse du salaire net raisonnable."

Vous dites : pour mobiliser les patrons, il faut alléger les charges et donner plus d'austérité pour tous les autres.

"Mais pas du tout. Je dis que c'est l'emploi qui est le plus important. Il donne du pouvoir d'achat aux ménages et c'est par l'emploi qu'on retrouvera la croissance. Il faut se focaliser sur l'emploi, et qui le crée ? Les entreprises. Aujourd'hui, le terreau France n'est pas attractif, il faut le rendre attractif."

François Hollande a stigmatisé les excès et les abus liés à la Sécurité sociale, vous aussi. Où sont-ils ? Par exemple, la Sécurité sociale, c'est 600 milliards. Vous demandez combien d'économies ?

"Nous demandons une trentaine de milliards qui permettront d'alléger le coût du travail. On peut les trouver par la chasse aux abus et aux excès s'il y en a, mais aussi par l'optimisation de tout ce système de la sphère publique qui n'a pas été optimisé depuis 40 ans."

Et les niches ? Il y a des dérogations favorables à toutes sortes de lobbies. Est-ce que le Medef aidera le gouvernement à combattre et à rapatrier les amis patrons qui pratiquent la fraude et l'évasion fiscale, qui représentent aussi des milliards.

"Là, il faut faire attention. Parce qu'en France, à chaque fois qu'on cherche à faire des économies, soit nous enlevons des subventions aux entreprises, soit nous faisons de la lutte anti-fraude. Il faut aussi regarder l'organisation de la sphère publique."

Dernière remarque : demain, le président de la République va répondre sur le pacte de responsabilité. Que faut-il qu'il dise pour que vous lui répondiez : "Allez, on monte ensemble l'Everest ?"

"Il faut ouvrir ces 5 chantiers de baisse de la fiscalité, du coût du travail et des dépenses publiques..."

Mais pourquoi faut-il qu'il fasse les cinq chantiers que vous lui imposez ? On dit déjà qu'il est dans la dépendance du Medef !

"Il faut créer de l'emploi, aménager le terreau social et fiscal français, ouvrir ces chantiers et se donner des trajectoires quantitatives de baisse à 5 ans. C'est ça qu'on attend, et on va travailler ardemment pour le faire."

A ce moment-là, c'est l'Everest.

"A ce moment-là, c'est l'Everest."

Interview politique

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