Ukraine : cette sortie de crise que propose la Russie

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avec agences , modifié à
DIPLOMATIE - Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a dévoilé ses intentions avant de rencontrer John Kerry.

Le rendez-vous. Ils ne sont pas d'accord mais tous deux veulent faire redescendre la pression. Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov se retrouvent dimanche à Paris pour tenter de mettre fin au bras de fer entre Moscou et les Occidentaux après la prise de la Crimée. Quelques heures auparavant, le Russe a dévoilé la feuille de route qu'il propose pour l'Ukraine. Avec un maître-mot : le fédéralisme.

Un scenario dont ne veut pas entendre parler Kiev, qui a prié Moscou de cesser de faire du lobbying. "Nous voudrions recommander à la Russie de cesser de dicter ses ultimatums à un pays souverain et indépendant et de reporter son attention sur la situation catastrophique et l'absence totale de droit de ses propres minorités, y compris ukrainiennes", a réagi dimanche le ministère ukrainien des Affaires étrangères.

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Une solution fédérale pour l'Ukraine ? Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a précisé dimanche comment il compte mettre fin à la crise ukrainienne. La Russie propose principalement de donner plus de pouvoir aux régions russophones d'Ukraine dans le cadre d'une structure fédérale. Ce qui nécessiterait l'adoption d'une nouvelle constitution permettant une "structure fédérale" avec plus d'autonomie pour les régions.

Une structure fédérale "protégerait les droits de ceux qui vivent en Ukraine, et principalement de la population russe qui nous importe", avait déjà souligné vendredi Sergueï Lavrov. Dans sa ligne de mire : les régions de l'Est et du Sud de l'ex-république soviétique où, selon Moscou, les russophones voient leurs droits bafoués par les autorités pro-européennes au pouvoir depuis la destitution fin février de Viktor Ianoukovitch.

John Kerry et Sergueï Lavrov doivent à nouveau discuter vendredi à Genève.

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Les Etats-Unis ont un autre point de vue. Ce scénario de sortie de crise n'est pas vraiment celui des Américains, qui ont d'autres priorités : un retrait des forces russes et leur retour dans les bases, l'acceptation par les Russes de l'envoi d'inspecteurs internationaux pour surveiller si les droits des minorités sont respectés, l'instauration d'un dialogue direct entre Moscou et Kiev et le respect de l'élection présidentielle prévue le 25 mai en Ukraine.

Il n'est donc pas question d'un fédéralisme un peu plus poussé, et pour cause : un Etat fédéral accorderait plus de pouvoir et d'autonomie aux régions de l'Est dont la Russe se veut la protectrice. En s'éloignant de Kiev, ces régions pourraient être tentées, à plus ou moins long terme, de se rapprocher de Moscou. Un scénario qui en rappelle un autre, cette fois-ci en Crimée.

Des manifestants anti-Ianoukovitch à Kiev.

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L'Ukraine face à ses déséquilibres. L'idée d'un geste en direction des russophones est pourtant séduisante pour les Occidentaux, parfois accusés d'avoir joué avec le feu en favorisant l'arrivée au pouvoir de nationalistes de l'Ouest. Certains pays, dont la France, se sont dits favorables à une "décentralisation", terme repris à son compte par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) après une récente mission dans l'Est. "Nos interlocuteurs et les autorités se sont plaints de ne pas être entendus des autorités centrales", a rapporté Tim Guldimann, émissaire de l'organisation.

Les régions orientales, dominées par l'industrie lourde, la métallurgie et les mines, ont souvent l'impression de porter l'économie du pays à bout de bras, face à l'Ouest rural. Elles craignent aussi que leurs entreprises, aux forts liens commerciaux avec la Russie, ne deviennent les premières victimes d'une orientation pro-européenne.

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