Proche-Orient : les clés des négociations

Par Rémi Duchemin

Publié le 02 Septembre 2010 à 14h35 Mis à jour le 02 Septembre 2010 à 15h27

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Jeudi débutent à Washington les discussions de paix. Les points à régler sont nombreux. Trop?

C’est dans un pessimisme ambiant que débutent jeudi à Washington, sous l’égide de Barack Obama, les négociations directes entre Israéliens et Palestiniens pour parvenir à la paix au Proche-Orient, après plus de 60 ans de conflit. D’abord parce que les pierres d’achoppement sont nombreuses. Ensuite parce que l’ambiance est plombée par le meurtre mardi de quatre colons israéliens à Hébron, meurtres perpétrés par le mouvement islamiste Hamas.

Le président palestinien Mahmoud Abbas ne s’y est pas trompé. Il a immédiatement condamné cette attaque, estimant qu'elle visait à "perturber le processus politique" des négociations directes avec Israël. De son côté Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, a promis que l'effusion du "sang des civils israéliens ne restera pas impunie", même s’il a appelé les colons israéliens "à la retenue". Les acteurs de la réunion de Washington devront passer outre ce grave incident, pour se concentrer sur les enjeux des négociations.

La colonisation. C’est depuis plusieurs années le point principal de désaccord entre Israël et l’Autorité palestinienne. Et le calendrier n’est pas favorable. Car le 26 septembre prend fin le moratoire de dix mois fixé par l’Etat hébreu sur la construction de nouveaux logements dans les colonies de peuplement, et les Palestiniens ont d'ores et déjà menacé de quitter les négociations s'il n'était pas prolongé. "Une reprise de la colonisation vouerait les négociations à l'échec", a déclaré Nabil Abou Roudeina, porte-parole de la présidence palestinienne.

Or, Benjamin Netanyahou a déjà fait savoir à Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, qu’il n’avait nullement l’intention de prolonger ce gel. Car le Premier ministre israélien tient à ne pas fâcher l'aile dure de sa coalition, qui défend fermement les colons.

Depuis 1967, près de 290.000 colons israéliens se sont installés en Cisjordanie avec l’aide de l’Etat hébreu.

Le statut de Jérusalem. Là encore, le problème semble insoluble. Il est d’ailleurs lié à celui des colonisations, puisque Jérusalem-Est, la partie arabe de la ville trois fois sainte, a vu l’installation de 220.000 colons depuis 1967. Depuis cette date, Israël a fait de la ville sa capitale réunifiée et "indivisible". Or, les Palestiniens tiennent à faire de la partie Est de Jérusalem leur capitale.

En 2000, une visite d’Ariel Sharon, alors chef du parti de droite Likoud, à l’Esplanade des Mosquées, avait déclenché la seconde intifada, toujours en cours. Les Palestiniens avaient vécu comme une provocation la venue de cet ancien militaire, impliqué selon eux dans les massacres de Sabra et Chatila, sur l’un des lieux saints de l’Islam.

Beaucoup considèrent que l’inscription des négociations sur le statut de Jérusalem au programme du sommet de Washington est une erreur stratégique, le sujet risquant de faire capoter toutes autres discussions. C’est d’ailleurs sur ce point précis qu’avaient échoué en 2000 les négociations de Camp David cornaqué par Bill Clinton, en présence de Yasser Arafat et d’Ehoud Barak, alors Premier ministre israélien.

La question des deux Etats. Depuis les accords d’Oslo en 1993, le principe de deux Etats distincts semble accepté. Reste à en définir les modalités. Israël se montre particulièrement exigeant sur le sujet. Tout accord devra stipuler que les Palestiniens reconnaissent qu’Israël est un état juif, ce qui empêcherait de facto les revendications de retour au pays des 4,5 millions de réfugiés palestiniens ayant fui l’Etat hébreu. Par ailleurs, le 1,4 million d’Arabes israéliens vivant en Israël devront renoncer à leurs velléités autonomistes. Enfin, Benjamin Netanyahou exige que le futur Etat palestinien soit démilitarisé, qu’il ne signe aucun traité d’alliance militaire, et que son espace aérien soit totalement contrôlé par l’Etat hébreu.

De leur côté, les Palestiniens veulent fonder leur Etat sur les frontières de 1967. Mais ils se sont déjà résolus à un échange de terre prenant en compte l’extension des colonies israéliennes depuis cette date.

Le problème du Hamas. Depuis 2007, le mouvement islamiste contrôle la bande de Gaza. Pour marquer à sa manière l’ouverture des négociations, le Hamas a perpétré une attaque contre une colonie juive à Hébron, tuant quatre Israéliens. "Mahmoud Abbas n'a pas le droit de parler au nom des Palestiniens ou de les représenter. En conséquence, les résultats, quels qu'ils soient, (des discussions de Washington) n'engageront en rien le peuple palestinien", a d’ores et déjà prévenu Sami Abou Zouhri, porte-parole du mouvement. Tant que le Hamas restera en place à Gaza, le processus de paix semble dans l’impasse.

L’ensemble de ces enjeux, imbriqués les uns dans les autres, rendent quasiment utopiques le règlement du conflit à court terme. Barack Obama s’est pourtant donné un an pour parvenir à un accord. Un délai que beaucoup d’observateurs jugent trop court.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le président américain Barack Obama et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. © REUTERS

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