Procès Breivik : l'accusé fait son show

Par Benoist Pasteau avec Fabienne Le Moal, envoyée spéciale d'Europe 1 à Oslo.

Publié le 17 avril 2012 à 17h48 Mis à jour le 17 avril 2012 à 18h55

Au deuxième jour de son procès, mardi, Anders Behring Breivik est arrivé dans la salle d'audience avec une vingtaine de feuilles qu'il a lues durant plus d'une heure. © REUTERS

Mardi, la 2e journée d'audience lui a permis de s'exprimer longuement. Retour sur les temps forts.

Après une première journée consacrée à la lecture de l'acte d'accusation, c'était au tour d'Anders Behring Breivik de prendre la parole, mardi. La deuxième journée d'audience s'est ouverte par la lecture d'un long texte de l'assassin norvégien. Ce dernier a laissé planer le doute sur l'existence de deux autres éventuelles "cellules autonomes". Retour sur les moments forts du jour.

Un juge révoqué

© REUTERS

La journée s'est ouverte peu après 9 heures par la suspension des débats, le temps que la cour examine la compétence d'un des cinq juges mobilisés pour juger Anders Behring Breivik. Thomas Indreboe, réceptionniste de son état, avait tenu des propos sur Facebook qui mettent en cause son impartialité. Ce trentenaire, issu comme deux autre juges de la société civile, réclamait la peine de mort pour Breivik dans son message. Il a été remplacé par un des juges subsidiaires et l'audience a rapidement pu reprendre.

Une heure de tribune

Durant l'heure de monologue, survivants et familles de victimes des attaques de Breivik ont souffert. © REUTERS

Le moment tant redouté des familles intervient à la reprise de l'audience, vers 10h20. Breivik va prendre la parole, comme il l'avait réclamé la veille. L'assassin ordonne ses notes, réparties sur une vingtaine de pages, et se lance dans un long monologue qu'il souhaite ne pas voir s'interrompre. Prévue une demi-heure, l'intervention de Breivik dure plus d'une heure, malgré les remontrances de la procureure qui réclame qu'il lise plus vite son texte, par respect pour les familles. Choqués, certains quittent la salle d'audience en pleine lecture. L'envoyée spéciale d'Europe 1 présente sur place parle de "provocations" de la part du tueur à l'égard des familles. "Il n'a pratiquement par relevé la tête pendant une heure" lisant impassiblement "neuf pages d'exposé doctrinaire, des statistiques à l'appui sur les dangers du multiculturalisme", ajoute-t-elle. A la sortie, elle a interrogé Lars, un survivant de la tuerie de l'île d'Utoya. "Je ne comprends pas comment il a pu dire ça. C'était des jeunes qui voulaient juste un monde meilleur. Mais je me doutais qu'il dirait quelque chose de ce style", a-t-il expliqué au micro d'Europe 1.

Deux autres cellules extrémistes ?

Au retour de la pause-déjeuner, Anders Behring Breivik laisse planer le doute sur un éventuel réseau agissant de manière autonome. Le tueur a évoqué deux cellules constituées à chaque fois d'un seul individu . Selon ses mots, elles n'auraient que peu de contacts entre elles. Il cite seulement des anonymes militants nationalistes qu'il dit avoir rencontrés en 2001. Lors de ses interrogatoires, Breivik avait déjà fait mention de "cellules" autonomes, sans jamais réellement l'expliquer.

Millionnaire à 24 ans

Une bonne partie des questions posées mardi à l'accusé ont porté sur son passé professionnel, politique et religieux. Côté professionnel, Breivik a expliqué avoir gagné son premier million de couronnes norvégiennes (130.000 euros) à 24 ans. A 26 ans, il estime avoir accumulé un demi-million d'euros, grâce notamment à une entreprise vendant des faux diplômes. Cette petite fortune, Breivik admet l'avoir caché dans des paradis fiscaux pour ne pas payer d'impôts et ne pas financer ainsi une politique gouvernementale qu'il ne cautionne pas. Pour la partie politique et religieuse, Anders Behring Breivik s'est montré plus confus, reléguant de toute façon cette question au second plan. Au début des années 2000, il "voulait surtout gagner de l'argent", comme il l'a dit à la cour.

Il a reconnu avoir adhéré dans sa jeunesse au principal parti d'extrême-droite norvégienne tout en nuançant son propos avec un "ton plus politiquement correct". Il a également rejeté la faute sur les musulmans, coupables selon lui de "ne pas respecter les autres religions". Durant les quatre prochains jours, la cour va continuer de s'intéresser à la vie d'Anders Behring Breivik pour tenter de comprendre son geste. Puis viendra le tour des experts et des nombreux témoins attendus à la barre.

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