La fusillade de Denver a ravivé le débat sur la légalité des armes à feu aux Etats-Unis. En vain ?
La question sur la légalité des armes à feu va-t-elle venir troubler la campagne présidentielle américaine ? Après la fusillade dans un cinéma d'Aurora, une banlieue de Denver, dans le Colorado, qui a au moins coûté la vie à douze personnes, la police locale a indiqué vendredi que le tireur arrêté après le massacre avait acheté légalement plus de 6.000 balles et cartouches sur Internet au cours des deux derniers mois. Moins de 24 heures après le drame, le débat sur la réglementation des armes aux Etats-Unis semble relancé. Un sujet que le président Barack Obama est accusé d'avoir soigneusement évité depuis son arrivée à la Maison-Blanche.
L'appel du maire de New York
C'est le maire de New York, Michael Bloomberg, qui a interpellé les deux candidats à la présidentielle. L'élu, favorable à des mesures de contrôle des armes, a appelé le président démocrate et son rival républicain, Mitt Romney, à prendre position immédiatement sur le problème des armes.
Michael Bloomberg sur WABC :
"Il est peut-être temps que les deux hommes qui veulent être président des Etats-Unis se lèvent et nous disent ce qu'ils vont faire à ce sujet, car il s'agit à l'évidence d'un problème qui concerne tout le pays", a déclaré Michael Bloomberg, ancien démocrate devenu républicain puis indépendant en 2007. "Il y a tant de meurtres commis chaque jour avec des armes à feu, cela doit cesser", a-t-il imploré, alors que la fusillade de vendredi est l'un des pires cas de violence par arme à feu aux Etats-Unis depuis la tuerie de Virginia Tech, qui avait fait 33 morts en avril 2007.
Un appel relayé par John Sugarmann, président du Violence Policy Center, un centre de réflexion basé à Washington. Celui-ci s'est montré confiant sur une évolution de la législation : "il y a des fusillades qui amènent les Américains à réfléchir à la violence par arme à feu, et celle-ci pourrait en être une".
La Maison-Blanche embarrassée
© MAX PPP
Mais à l'approche de la présidentielle de novembre, il y a peu d'espoir de voir les lignes bouger sur un sujet aussi sensible outre-Atlantique, où le lobby des armes est ultra-puissant. En 2000, le candidat démocrate à la présidentielle Al Gore avait fait de la règlementation des armes à feu l'un de ses thèmes de campagne, ce qui d'après les observateurs lui aurait coûté la victoire dans le Tennessee et dans le même temps l'élection présidentielle.
Du côté de la présidence américaine, on a donc réagi avec prudence vendredi. Le porte-parole de la Maison-Blanche, Pat Carney, a exposé devant la presse la position de Barack Obama. Un véritable exercice d'équilibriste.
"Le président croit que nous devons prendre des mesures de bon sens qui protègent les droits des Américains aux termes du Deuxième amendement (à la Constitution, autorisant la détention d'armes à feu) tout en faisant en sorte que ceux qui ne devraient pas posséder d'armes selon les lois en vigueur n'en obtiennent pas", a-t-il déclaré.
Obama sous pression
Une position de compromis qui ne semble satisfaire aucune des parties. Le puissant lobby américain des armes à feu, mené par la National Rifle Association (NRA), accuse, lui, le président Obama d'être favorable à un traité en cours de négociation aux Nations unies qui permettrait de limiter le droit constitutionnel des Américains à posséder autant d'armes à feu qu'ils le désirent. Le futur Traité sur le commerce des armes de l'ONU vise à réglementer le marché mondial des armes légères, mais le NRA affirme qu'il pourra conduire à l'adoption de lois plus strictes aux Etats-Unis.
Pour leur part, les militants pour le contrôle des armes ne sont pas du tout satisfaits de l'action de Barack Obama dans ce domaine. "Nous sommes jusqu'à présent très déçus de l'action du président sur la question des armes", a expliqué John Sugarmann, du Violence Policy Center. Ce dernier, favorable à l'interdiction des armes de poing et des fusils d'assaut a exhorté le président américain à "passer de la compassion à l'action".
Holmes s'est procuré ses armes légalement
© Reuters
James Holmes, l'auteur présumé de la fusillade , semble avoir acquis ses armes et ses munitions de manière légale au cours des deux mois précédents, a déclaré la police. Le tireur arrêté après le massacre dans un cinéma du Colorado avait acheté légalement plus de 6.000 balles et cartouches sur Internet au cours des deux derniers mois, a indiqué vendredi le chef de la police locale.
Il est extrêmement facile d'acheter une arme à feu dans la plupart des Etats américains. En Virginie, par exemple, les carabines et les fusils de chasse peuvent être achetés librement par tout citoyen à partir de 18 ans, et les armes de poing à partir de 21 ans, du moment que l'acheteur n'est pas un immigrant illégal et n'a pas de casier judiciaire.
Chaque année, environ 100.000 personnes, dont de nombreux enfants, sont blessées par arme à feu aux Etats-Unis et plus de 31.500 en meurent, selon des statistiques officielles.
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