Le "baroud d'honneur" de Chavez

Par Charles Carrasco

Publié le 4 octobre 2012 à 22h35 Mis à jour le 6 octobre 2012 à 13h41

Hugo Chavez lors d'un meeting à Barquisimeto.

Hugo Chavez lors d'un meeting à Barquisimeto. © Reuters

LE POINT DE VUE - Le journaliste François-Xavier Freland revient sur une campagne très violente.

Près de 19 millions de Vénézuéliens sont appelés dimanche à désigner le futur président du pays. Hugo Chavez, "mythe" vivant dans son pays et figure controversée du socialisme sud-américain, brigue un quatrième mandat consécutif le 7 octobre. Face à lui, un "quadra", élu député à seulement 26 ans : Henrique Capriles Radonski qui se définit comme un candidat de "centre gauche".

Pour décrypter cette campagne électorale, Europe1.fr a interrogé François-Xavier Freland, le correspondant de RFI et TV5 au Venezuela et auteur du livre Qui veut la peau d'Hugo Chavez ?

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• Sa maladie. Elle a marqué les deux dernières années de son mandat. A plusieurs reprises, "El presidente", se rend à Cuba où il reçoit de lourds traitements pour lutter contre son cancer. L'homme fort du Venezuela apparaît diminué. Le sujet alimente les conversations car, sur son cancer, le black-out est presque total. Il revient mais il est diminué par la chimiothérapie. Le 4 avril, c'est un Hugo Chavez quasi mystique qui apparaît à la télévision dans une église de sa terre natale de Barinas. "Donnez-moi votre couronne, Jésus. Donnez-moi votre croix, vos épines afin que je puisse saigner. Mais donnez-moi vie, parce que j'ai encore à faire pour ce pays et son peuple. Ne me rappelez pas encore !", implore Hugo Chavez.

Lorsqu'il opère son vrai retour sur la scène politique, Chavez transforme cet épisode difficile en mission quasi divine : "Souvenons-nous de cette phrase, celle de Simon Bolivar (le libérateur de l'Amérique latine, ndlr), qui a ressuscité à travers nous, le peuple du Venezuela. 'Si la nature s'oppose à nos desseins, nous lutterons et ferons en sorte qu'elle nous obéisse". Le ton est donné, Hugo Chavez ne laissera pas Capriles mettre fin à la révolution qu'il a entamé en 1999 lors de la première tentative de coup d'Etat. "Il a beaucoup joué sur les symboles. Tour à tour, il se prend pour le nouveau Bolivar, Jésus Christ. Chavez fait comme s'il était Dieu, comme si sa rédemption était un miracle. Il est devenu le pasteur rouge, le messie", analyse François-Xavier Freland.

Sa campagne contre Capriles. Lorsqu'il entre de plain-pied dans la campagne, on est loin du dirigeant vibrionnant des premières années, qui sillonnait sans relâche le pays, rognant sur son temps de sommeil en avalant des litres de café. Il arpente désormais rarement les rues à pied, préférant les estrades ou la "Chavez mobile" à bord de laquelle il débarque dans des meetings soigneusement scénarisés. Mais, bourré de médicaments, il fait preuve d'une combativité intacte, apparaît en public plusieurs fois par jour, embrasse les enfants et pousse la chansonnette entre deux discours fleuves.

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Une combativité qui le pousse à durcir sa campagne et à utiliser des termes très violents à l'égard de son adversaire, Henrique Capriles Radonski, le candidat "de l'impérialisme", selon lui. Il le qualifie de "majunche" (médiocre), de "porc", de "yankee" et est même allé jusqu'à le comparer à un "petit bourgeois apatride", en référence à sa famille de migrants dont les grands-parents maternels, des Juifs polonais, sont morts au camp de Treblinka.

"Au début, Chavez n'a pas montré d'intérêt pour Henrique Capriles. Puis, lorsque le candidat est allé draguer l'électorat dans les 'barrios' (quartiers pauvres) et qu'il faisait du porte-à-porte, il a durci sa campagne", note François-Xavier Freland.

Le président vénézuélien l'a même accusé de recevoir des fonds des "narcotrafiquants". "Ces importants hommes d'affaires ont fourni de l'argent à sa campagne qui provient de l'étranger de mafias, de banquiers en fuite, de trafic de drogue et de blanchiment (d'argent)", déclare "El Presidente". Ce à quoi le candidat Capriles a répondu en déplorant la politique du président Chavez "malade du pouvoir" et qui relevait du "fascisme". Une violence verbale qui a eu des conséquences à la base. Trois partisans du candidat de l'opposition sont morts lors d'un rassemblement à Barinas.

>>> A lire : le portrait de Capriles.

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Quelle issue ? Chavez bénéficie toujours d'une base populaire solide et la majorité des sondages le donnent encore vainqueur même si l'érosion de son électorat est grandissante. A son actif, des "logements sociaux" et "des médecins" qu'il a amenés dans les quartiers pauvres grâce à la manne du pétrole dont Chavez est "ultra-dépendant", précise François-Xavier Freland. "Mais le ras-le-bol est grandissant même au sein de la fonction publique. Il y a un désenchantement. Désormais, il ne convainc plus que les Chavistes", constate-t-il. "Lors des rassemblements, j'ai constaté qu'il y avait plus de monde dans le camp Capriles. Les meetings du président ressemblent à des mises en scène", affirme François-Xavier Freland.

Si la mission de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) assure que toutes conditions d'un scrutin transparent sont réunies, le bon déroulement du vote reste très incertain. "Les patrouilles socialistes de Chavez vont se rendre dans les quartiers pour inciter les gens à voter, avec des cadeaux à la clé", s'inquiète le journaliste qui assure qu'aucun des deux camps ne voudraient laisser échapper la victoire. Quoi qu'il arrive dimanche, cette élection est, dit-il, "le baroud d'honneur" de Chavez.


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