TEMOIGNAGE E1 - Un ancien aumônier de la prison de Nanterre, raconte la prolifération du salafisme.
Il a passé trois ans aux côtés des détenus musulmans de la maison d’arrêt de Nanterre en tant qu’aumônier. Trois années au cours desquelles Yaniss Warrach a pu écouter, observer et essayer de comprendre ces hommes. Mais le manque de moyens a eu raison de ses efforts pour endiguer le salafisme - une mouvance radicale qui revendique un retour à l’islam des origines - qui prend de plus en plus racine dans les prisons françaises.
Un émir dans la prison
"Ce qui m’a irrité, c’est de voir des détenus prendre ma place en quelque sorte, ils se faisaient imam à ma place", explique Yannis Warrach, sur Europe 1, mardi matin. "Ces détenus dispensaient des contre-prêches à l’issue de celui que je prononçais le vendredi", ajoute-il.
L’aumônier se souvient aussi de "l’émir" de la prison qui recevait les détenus dans sa cellule entièrement retapissée de moquette et de coussins. "Il donnait ses avis juridiques, ses opinions, il faisait le travail de l’imam, de l’aumônier. Il répondait à ma place", raconte Yaniss Warrach, qui estime que cet homme était là pour recruter des candidats pour le djihad.
Un "émir" qui recrute pour le djihad, raconte Yaniss Warrach :
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La propagande pour le djihad
"Certains d’entre eux sont dans une logique de recrutement, c’est évident", estime l'accompagnateur spirituel, "il y avait un recrutement avéré de jeunes issus de banlieues, de milieux défavorisés, par un discours très simpliste : tu as pêché mais Dieu est repentant, il a une mission pour toi c’est le djihad", raconte-il.
Et ce sont les nouveaux détenus, ceux fraîchement arrivés, à la maison d’arrêt qui sont ciblés en priorité par les "recruteurs". Des détenus vulnérables qui arrivent dans un environnement nouveau. Un recrutement qui se fait aussi par les lectures mises entre les mains de ces jeunes en quête de repères.
"Quand je demande à un jeune en entretien quel type d’ouvrage il lit, je vois tout de suite qu’il a un ouvrage salafiste. Dans 90% des cas, c’est comme cela", alerte l'aumônier qui a pu observer une prolifération de la littérature salafiste depuis quelques années."C’est ce qui m’a le plus alarmé. Je me suis efforcé de faire barrage, parce que ces jeunes sont vulnérables, ils n’ont pas le bagage religieux pour avoir une critique sur les textes religieux qu’ils lisent. Ils prennent ça pour argent content", confie-t-il.
"Il y a urgence, c’est un phénomène minoritaire mais si on ne met pas plus d’aumôniers il se s’amplifiera", conclut Yaniss Warrach.
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