Brunei : luxe, pétrole et charia

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avec Reuters , modifié à
Le sultanat richissime va instaurer la loi islamique d’ici au mois d’avril. Mais pourquoi ?

Brunei, ce petit sultanat de la taille d’un confetti, s’apprête à établir la loi islamique pour ses 400.000 habitants. Une décision qui s’inscrit dans la suite logique de la radicalisation du sultan, monarque absolu en son royaume.

Brunei sur une carte. Le sultanat de Brunei se situe sur l’île de Bornéo. Il jouxte la Malaisie. Sa capitale s’appelle Bandar Seri Begawan et on y parle officiellement l’anglais. Avec ses 5.500 kilomètres carrés, Brunei a un territoire deux fois plus petit que l'Ile-de-France.

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Brunei est un Etat membre du Commonwealth (comme l’Australie et le Canada par exemple).

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Brunei, un sultanat très conservateur. Brunei est une monarchie islamique dirigée par un sultan, Hassanal Bolkiah. Ce dernier est à la fois chef de l’Etat et chef du gouvernement. Il cumule également les fonctions de ministre de la Défense, ministre des Finances, recteur de l'université, chef de la police, chef suprême des forces armées et commandeur des croyants.

Il n’est donc pas très surprenant de voir ce micro-Etat établir la charia. Le nouveau code entrera en vigueur en avril, a annoncé mardi Hassanal Bolkiah, qui est d’ailleurs l'un des hommes les plus riches du monde. Le sultan s’est engagé sur la voie d'un islam de plus en plus conservateur.

Que va changer la charia ? L’instauration de la loi islamique ne va pas changer grand-chose puisque les enseignements islamiques y sont déjà appliqués et de manière plus sévère qu'en Malaisie ou en Indonésie, les deux autres pays majoritairement musulmans d'Asie du Sud-Est. La vente d'alcool y est interdite et la promotion d'autres religions totalement prohibée. L’établissement de la charia aura, en revanche, pour effet d’instaurer un code pénal islamique prévoyant la mort par lapidation pour adultère ou la flagellation pour consommation d'alcool. Les juges des tribunaux islamiques auront, aussi, toute discrétion pour décider des châtiments, y compris l'amputation pour vol.

Brunei et la démocratie. Le sultanat ne s’est jamais vraiment illustré par son fonctionnement démocratique. La dernière élection législative remonte à 1962, année au cours de laquelle la Constitution a été abolie. L’élection avait provoqué une rébellion, poussant l'ancien sultan, Omar Ali Salfuddin III, à déclarer l'état d'urgence, qui est toujours en vigueur.

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Brunei, opulence et expatriés. En parallèle des règles très strictes appliquées dans le sultanat, les habitants de Brunei, comme c’est le cas en Arabie Saoudite, pratiquent à l’excès le shopping dans les centres commerciaux de la capitale. Les riches habitants du sultanat y passent même des week-ends complets.

Si le pays accueille de nombreux travailleurs immigrés (principalement Malaisiens, Indonésiens, Philippins et Bangladais), il compte aussi une communauté expatriée occidentale, en majorité britannique et australienne, importante. Un tiers de la population active est étrangère, selon le site internet de l’ambassade de France à Brunei.

Alors pour rassurer sa communauté d’expatriés, le sultan a précisé que la politique générale de son gouvernement ne serait pas affectée par ce changement juridique. Un message sans doute adressé aux investisseurs étrangers, puisque le sultanat vit essentiellement des recettes de ses ventes de gaz et de pétrole. Mais ses réserves en hydrocarbures s’épuisent lentement et le micro-Etat mise maintenant sur le tourisme.