Breivik présente des excuses partielles

Par Europe1.fr avec AFP

Publié le 23 avril 2012 à 17h33 Mis à jour le 23 avril 2012 à 17h33

La commission médico-légale norvégienne a demandé un complément d'informations au sujet de la contre-expertise psychiatrique de Breivik.

La commission médico-légale norvégienne a demandé un complément d'informations au sujet de la contre-expertise psychiatrique de Breivik. © Reuters

Au sixième jour de son procès, Breivik est revenu sur les circonstances de la tuerie d’Utoya.

Dans son habituel langage froid et macabre, Anders Breivik s’est expliqué sur les raisons qui l’ont poussé à commettre la tuerie de l’île d’Utoya, où des jeunes travaillistes tenaient leur camp d’été. De sa voix calme et détachée, il a exprimé quelques regrets partiels. Europe1.fr fait le point sur la 6e journée d'audience.

Des cibles politiques. Dans l’esprit de Breivik, il y a une différence entre tuer des personnes engagées politiquement –notamment de jeunes travaillistes- et les apolitiques. "J'aimerais leur présenter mes profondes excuses", a déclaré Breivik à l'adresse des proches des "civils innocents" que sont, selon lui, les passants tués ou blessés dans l'explosion de sa bombe près du siège du gouvernement norvégien à Oslo. Au procureur lui demandant s'il voulait étendre ses excuses aux familles des autres victimes, y compris celles des adolescents qu'il avait abattus sur Utoya, Breivik a répondu par la négative. Il a répété que le massacre du 22 juillet était "atroce mais nécessaire", estimant s'en être pris à des "cibles politiques légitimes". Il a également avoué avoir voulu abattre d’autres personnalités : Gro Harlem Brundtland, l’ancien Premier ministre norvégien, Marte Michelet, une journaliste, ainsi Eskil Pedersen, le leader des jeunes travaillistes.

Il a épargné des jeunes.Breivik a également voulu montrer au tribunal qu’il comprenait la douleur des familles endeuillées par son carnage. "Ils ont perdu tout ce qu'ils avaient de plus cher", a confié Breivik, évoquant les proches des victimes. "Mais moi, j'ai perdu famille et amis même si, en ce qui me concerne, c'était un choix", a-t-il précisé. "Il n'est pas souhaitable de s'en prendre à des personnes âgées de moins de 18 ans (...) mais dans la pratique, il était impossible de faire la différence", a-t-il estimé, précisant avoir tué "peu (de jeunes) âgés de moins de 16 ans". Breivik a également raconté dans le détail comment il avait épargné quelques très rares vies, dont celle d'un garçon de 10 ans -dont il venait d'abattre le père- jugé trop jeune et un autre parce qu'"il ne ressemblait pas à un marxiste".

Une journée difficile pour les victimes. La mère d'un homme, Kai Hauge, qu'il a nommément évoqué dans ses excuses, a rejeté ses déclarations. "C'est bien sûr insuffisant", a dit Soelvi Hauge, citée sur le site du journal Aftenposten. "Kai ne reviendra jamais", a-t-elle ajouté. "C'était pathétique", a aussi réagi Jon Hestnes, représentant les proches des personnes mortes dans le quartier des ministères. "Rien dans son langage corporel ne montre qu'il croit en ce qu'il dit", a-t-il déclaré à la chaîne norvégienne NRK.

La santé mentale. En fin d’audience, la commission médico-légale norvégienne a demandé un complément d'informations au sujet de la contre-expertise psychiatrique de Breivik, qui avait conclu que l'auteur des attaques était sain d'esprit. Censée examiner la validité des évaluations psychiatriques officielles des personnes traduites en justice, la commission a relevé des « faiblesses » dans l'expertise réalisée par les psychiatres Terje Toerrissen et Agnar Aspaas, a annoncé le tribunal d'Oslo. Leur rapport, dont les résultats ont été publiés le 10 avril, avait semé le doute sur la santé mentale du tueur en concluant qu'il était pénalement responsable contrairement aux conclusions d'un premier rapport officiel qui l'avait déclaré psychotique l'an dernier.

Les deux experts-psychiatres se sont engagés à fournir les informations complémentaires demandées "dans le courant de la semaine". Breivik tient à être reconnu responsable afin de ne pas voir son idéologie islamophobe être invalidée par un diagnostic. "Si j'avais été un jihadiste barbu, je n'aurais pas fait l'objet d'une expertise psychiatrique du tout", s'est-il emporté lundi. "Mais parce que je suis un militant nationaliste, je suis exposé à un grave racisme", a-t-il ajouté. "Ils essaient de délégitimer tout ce en quoi je crois".

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