Aung San Suu Kyi : "continuer le combat"

Par Gaétan Supertino avec agences

Publié le 16 juin 2012 à 17h24 Mis à jour le 16 juin 2012 à 18h03

Aung San Suu Kyi est venue récupérer son prix Nobel de la Paix lors d'une cérémonie en Norvège, plus de vingt ans après avoir été récompensée.

Aung San Suu Kyi est venue récupérer son prix Nobel de la Paix lors d'une cérémonie en Norvège, plus de vingt ans après avoir été récompensée. © Reuters

La "Dame de Rangoun" a récupéré son prix Nobel de la paix, samedi à Oslo.

"Aung San Suu Kyi est enfin là!". C'est par ces mots que le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, a accueilli la femme politique birmane. L'opposante venait récupérer son prix Nobel de la Paix lors d'une cérémonie en Norvège, plus de vingt ans après avoir été récompensée.

Une fleur nouée dans ses cheveux comme à son habitude, vêtue d'un traditionnel lungi violet et parée d'une longue écharpe mauve, la "Dame de Rangoun" a tenu un discours devant un parterre de personnalités et d'exilés birmans réunis à hôtel de ville d'Oslo, sous les ovations.

Europe1.fr revient sur ce qu'il faut retenir du discours.

De "l'optimisme prudent". "Mon parti, la Ligue nationale pour la démocratie, et moi-même sommes prêts et désireux de jouer tout rôle dans le processus de réconciliation nationale", a-t-elle assuré. Elle a rappelé son "optimisme prudent" dans la transition démocratique de son pays, actuellement dirigé par le Président Thein Sein, un ancien général, qui a constitué un gouvernement presque entièrement civil. "Si je plaide en faveur d'un optimisme prudent, ce n'est pas parce que je n'ai pas confiance dans le futur mais parce que je ne veux pas encourager une confiance aveugle", a-t-elle expliqué.



Le pays vient de vivre une année riche en réformes, qui a notamment vu arriver au Parlement des députés de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d' Aung San Suu Kyi. L'opposante est elle-même entrée au parlement, après plus de 15 ans de prison ou de résidence surveillée pour ses opinions, au côté de 43 autres membres de son parti.

Mais les violences qui secouent encore le pays poussent la "Dame de Rangoun" à la modération.

Condamnation des hostilités. "L'établissement d'une paix totale chez nous est un but inaccessible", a-t-elle regretté. "Les hostilités n'ont pas cessé dans le nord, dans l'ouest des violences se sont produites quelques jours seulement avant que je n'entame le voyage qui m'a conduite ici. Nous espérons que les accords de cessez-le-feu mèneront à des règlements politiques fondés sur les aspirations du peuple et sur un esprit d'unité", a-t-elle lancé.

Les affrontements communautaires dans l'ouest du pays auraient fait 50 morts depuis le 28 mai, selon la presse d’État.

Le Prix Nobel, "une porte dans son cœur". Recevoir le prix Nobel de la Paix en 1991, alors qu'elle était en résidence surveillée, lui a donné l'espoir de "continuer le combat" et "a ouvert une porte dans son coeur", a ensuite déclaré Aung San Suu Kyi.

Lorsque le prix Nobel lui avait été décerné en 1991, la "Dame de Rangoun" avait renoncé à venir le chercher de peur d'être ensuite contrainte à l'exil. Elle était devenue un symbole mondial de l'opposition non-violente.

Son époux Michael Aris et leurs deux enfants Kim et Alexander avaient accepté la récompense en son nom.

Ne pas oublier un seul "prisonnier d'opinion". Dans son discours, la "Dame de Rangoun" a également déclaré : "un seul prisonnier d'opinion est un de trop. S'il vous plait, souvenez-vous d'eux et faites tout ce qui est en votre pouvoir pour parvenir au plus tôt à leur libération inconditionnelle".

C'est en effet "grâce aux récents changements dans mon pays que je suis avec vous aujourd'hui", a-t-elle rappelé. Puis elle a déclaré espérer que le dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo, lauréat en 2010, puisse un jour venir à son tour à Oslo.

Lors de son voyage en Europe, le premier depuis 24 ans après des années d'assignation à résidence, Aung San Suu Kyi se rendra aussi en Grande-Bretagne, en Irlande et en France, après la Suisse et la Norvège.

A Oslo, des centaines de Birmans, dont plusieurs avaient peint sur leur visage le drapeau de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), l'ont accueillie vendredi par des fleurs et des chants avant qu'elle ne participe à un diner officiel en compagnie notamment du Premier ministre et du couple royal.

Aung San Suu Kyi, qui aura 67 ans le 19 juin, avait été prise jeudi en Suisse d'un malaise mis sur le compte de la fatigue et du décalage horaire.

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