Qui sont les protégés de la République ?

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avec AFP
Près de 130 personnalités bénéficient d'une protection policière de l’État. Pour quelles raisons ?

L'INFO.  Quel est le point commun entreLe PDG du groupe Casino, la patronne du Medef ou le président de l'UMP ?  Tous figurent sur une liste des bénéficiaires d'une protection policière payée par l’État, selon des documents consultés par l'AFP.Cette liste, que l'Intérieur a prévu de "remettre à plat" selon une source proche de Beauvau, s'élève à quelque 130 noms.En plus des membres du gouvernement, des anciens présidents, ex-Premiers ministres et ex-ministres de l'Intérieur, le service de protection des hautes personnalités (SPHP), qui comprend 700 policiers, prend aussi en charge des personnes dont les fonctions ne donnent pas droit automatiquement à un tel service.

Du PDG de Casino... Le PDG du groupe Casino, Jean-Charles Naouri, dispose de policiers et d'un véhicule pour sa protection, selon ces documents. Une porte-parole du groupe a confirmé qu'il bénéficiait "d'une protection", sans autre détail, invoquant des raisons de sécurité. Interrogée sur des menaces récentes à son encontre, elle a répondu: "absolument pas".

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A François Bayrou... Le directeur des programmes de France Inter, Philippe Val, ou encore François Bayrou, le président du Modem, sont aussi sur la liste. Philippe Val, ancien patron de Charlie Hebdo, "n'est plus protégé par le SPHP depuis quelques semaines", a assuré son entourage. "Sa protection avait été réactivée après l'affaire des caricatures (en septembre 2012) de Charlie Hebdo. Mais elle a été enlevée", a confié cette source. L'entourage de Jean-François Copé a expliqué qu'il en bénéficiait "au titre de président de parti". Le Medef n'a pas souhaité commenter "les questions de sécurité" autour de sa présidente Laurence Parisot.

...en passant par la famille royale marocaine.  Une partie de la famille du roi du Maroc, ses deux sœurs, sa femme et son frère, sont pris en charge par le SPHP quand ils viennent en France, "y compris à titre privé", assure une source policière, tout comme Mme Kabila, la femme du président de la République Démocratique du Congo. On trouve aussi dans cette liste un homme d'affaires franco-tchadien, ancien conseiller spécial du président Idriss Déby, Abakar Manany.

Pourquoi une telle protection ? La décision d'accorder une protection dépend, en théorie, d'une analyse des risques par l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT), actualisée régulièrement en fonction de l'évolution des menaces. "Mais parfois, l'avis de l'Uclat n'est pas pris en compte et la décision est prise au final par le pouvoir politique", assure une source policière.

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"Il n'existe pas de loi encadrant les conditions d'attribution. Du coup, cette absence donne lieu à des incohérences dans la liste des bénéficiaires d'une telle protection, avec des gens réellement menacés, d'autres moins", regrette cette source. "Parfois, la question n'est pas de savoir si certaines personnalités sont ou non menacées, mais de savoir qui doit payer pour leur protection", explique ce haut fonctionnaire.

Des Incohérences. Les deux anciens présidents du Sénat, Gérard Larcher et Christian Poncelet, sont eux aussi protégés par deux policiers en permanence, selon ces documents. "Ces gardes m'accompagnent dans mes déplacements publics, d'intérêt général, et me rendent énormément de services", confirme Christian Poncelet. Une source proche du dossier affirme qu'il faut "se poser le problème à l'envers : pourquoi dans ce cas tous les dirigeants de partis politiques ne sont-ils pas protégés? Pourquoi pas tous les patrons et les chefs des organisations syndicales? Pourquoi pas les anciens présidents de l'Assemblée nationale?"

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Quel coût ? Chaque policier coûte près de 71.000 euros par an, indique-t-on. "Sachant qu'il faut, pour une protection permanente, au moins deux policiers et parfois une voiture par personnalité, vous faites le compte", explique un haut responsable policier. Si certains renoncent parfois à leur protection, en pratique la liste "n'est quasiment jamais nettoyée", assure une source proche du dossier. "Les politiques ne veulent pas forcément se créer des inimitiés en enlevant ces protections. Et puis les gens se sont habitués à avoir un chauffeur", ironise cette source.