Mediapart, Libye et Sarkozy : qui dit quoi ?

Par Gabriel Vedrenne avec Didier François

Publié le 30 avril 2012 à 13h55 Mis à jour le 30 avril 2012 à 14h49

© REUTERS

Les nouvelles accusations de financement de la campagne de 2007 brouillent un peu plus les cartes.

A moins d’une semaine du second tour de l’élection présidentielle, le site d’information Mediapart a lancé un pavé dans la mare en accusant à nouveau Nicolas Sarkozy d’avoir bénéficié en 2007 d’un financement occulte provenant du clan Kadhafi et destiné à sa campagne électorale.

Le président-candidat a immédiatement réagi, mettant en cause l’existence même de la preuve apporté par Mediapart et l’impartialité de ce site, accusé d’être "une officine" au service de la gauche. Europe1.fr revient sur cette affaire complexe où se croisent des personnages complexes.

A QUAND REMONTENT LES PREMIÈRES ACCUSATIONS ?

Le clan Kadhafi porte les premières accusations en pleine guerre civile libyenne, alors qu’une coalition internationale s’apprête à effectuer de premières frappes aériennes. Seif al-Islam Kadhafi, l'un des fils de Mouammar Kadhafi, accuse Nicolas Sarkozy le 16 mars 2011 dans une interview accordée à Euronews.

"La première chose que l’on demande à ce clown, c’est de rendre l’argent au peuple libyen", accuse-t-il. "Il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale. C’est nous qui avons financé sa campagne, et nous en avons la preuve. Nous sommes prêts à tout révéler", martèle Seif al-Islam Kadhafi.

Le président de la République ne réagit pas officiellement, laissant à Claude Guéant le soin de s’en charger. "J'aurais tendance à dire que depuis le temps qu'ils le disent, qu'ils le fassent", assure-t-il sur Europe 1, avant de rappeler que les comptes de campagne du candidat UMP ont été examinés et validés par le Conseil constitutionnel et la commission des comptes de campagne.

POURQUOI L'AFFAIRE REBONDIT EN FRANCE ?

C’est l’enquête sur le marchand d’armes Ziad Takieddine qui relance l’affaire trois mois plus tard, à l’été 2011. Ce dernier est visé par la justice dans le cadre de l’affaire Karachi, une autre affaire de financement politique supposé via des contrats d’armements. Mais Ziad Takieddine apparaît aussi comme l’un des facilitateurs de contacts entre la France et la Libye de Mouammar Kadhafi.

En s’intéressant à cet homme de l’ombre, le site internet Mediapart tombe sur un document laissant penser qu’il a préparé une rencontre entre le régime Kadhafi et la garde rapprochée du candidat Sarkozy. "Les modalités de financement de la campagne" de "NS ont été "réglées lors de la visite Libye NS + BH" en 2005, indique ce document cité le 12 mars 2012. Des accusations qualifiées de "grotesque" le jour-même par Nicolas Sarkozy.

QUELLES DERNIÈRES RÉVÉLATIONS VIENT D'APPORTER MEDIAPART ?

Le site d’information a étayé ses accusations samedi 28 avril par un document en arabe, signé par Moussa Koussa, ex-chef des services de renseignements extérieurs de la Libye. Le document fait état d'un "accord de principe" pour "appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, M. Nicolas Sarkozy, pour un montant d'une valeur de cinquante millions d'euros".

Cette fois-ci, Nicolas Sarkozy réagit vivement et annonce qu’il va porter plainte contre Mediapart, soulignant que "ceux qui mentent doivent être condamnés par la justice". Le Premier ministre François Fillon abonde, qualifiant Mediapart "d'officine" au service de la gauche.

QUELS SONT LES (NOUVEAUX) PERSONNAGES DE CETTE AFFAIRE ?

Ziad Takieddine est au cœur de cette affaire. Mis en examen dans le dossier Karachi, son nom apparaît progressivement dans d’autres dossiers : il a notamment servi d’intermédiaire entre la Libye de Kadhafi et la France. Interrogé au sujet du dernier document révélé par Mediapart, il dit avoir "peu de doute" sur son authenticité.

Outre Ziad Takieddine, les dernières révélations de ce dossier ont fait découvrir au grand public de nouveaux noms. C’est notamment le cas de Moussa Koussa, chef des très influents services de renseignements extérieurs libyens de 1994 à 2009, avant de devenir ministre des Affaires étrangères. Exfiltré de Libye avec l’aide de la France, il vit désormais à Doha. C’est sa signature qui figure en bas du document révélé par Mediapart. Un document qu’il qualifie lui-même de faux.

L’autre protagoniste est Bachir Saleh, ancien directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi. Gestionnaire des comptes du régime, c’est à lui qu’aurait été adressé le document révélé par Mediapart et lui demandant de verser 50 millions d’euros. Il a pourtant démenti avoir reçu une telle lettre. Bachir Saleh, qui vit désormais en France, s’est aussi invité dans l’actualité pour une autre affaire : recherché par Interpol, qui veut le renvoyer en Libye, il séjourne encore en France grâce à un passeport diplomatique nigérien.

UN DOUTE PERSISTANT : QUI PEUT-ON CROIRE ?

Si les langues commencent à se délier, une question demeure : qui peut-on croire ? Difficile en effet de se fier aux propos d’hommes ayant frayé dans les eaux troubles du renseignement et dont les intérêts sont divergents. Ziad Takieddine, un temps très proche de l’UMP et notamment de Jean-François Copé, a validé toutes les accusations visant Sarkozy, et pour cause : poursuivi en justice, il a le sentiment d’avoir été lâché par ses soutiens politiques et refuse de payer d’être le seul à payer. Depuis, il est décidé à "éradiquer" un "système de corruption en place depuis 1995".

A l’inverse, Moussa Koussa et Bachir Saleh ont, eux, des intérêts opposés : ils ne doivent leur salut qu’aux services français et britanniques, qui ont fait le choix de les "exfiltrer" pour mieux comprendre le système Kadhafi. Dès lors, il leur est difficile d’appuyer des accusations mettant en cause le gouvernement qui les a sauvés.

C’est d’ailleurs l’analyse de Fabrice Arfi, qui a enquêté sur cette affaire pour Mediapart. "Pourquoi ils démentent ? Il faut voir d’où ces deux hommes parlent aujourd’hui ? Nous avons là deux hommes protégés par la France et le Qatar, qui ont été les deux plus ferventes d’une intervention en Libye", a-t-il rappelé lundi sur Europe 1. Et Fabrice Arfi de poursuivre : "Bachir Saleh est recherché par Interpol. Cet homme devrait être arrêté et livré à la Libye libre et il vit tranquillement en France, protégé administrativement et policièrement. Donc son démenti n’a pas de valeur eu égard à cette situation".

  • a a
21

Et aussi

Ajouter un commentaire

Votre commnentaire a bien été envoyé, vous allez recevoir un email de confirmation

Message d'erreur

    En ce moment sur Europe 1

    Le flash
    1. Hier

      Pensez-vous que les laboratoires pharmaceutiques vont jouer le jeu de la transparence ?

    2. Hier

      Fiscalité : l’Irlande ne veut pas trinquer

    3. Hier

      Mariage gay: Ayrault appelle à "l'apaisement"

    4. Hier

      Désormais Matignon a ses ruches

    5. Hier

      Clinton : les Français ne doivent "pas être trop pessimistes"

    6. Hier

      Un soldat anglais tué en pleine rue

    7. Hier

      Clinton : la France "courageuse" au Mali

    8. Hier

      Un tunnel découvert près d'une banque

    9. Hier

      Clinton : "il faut traiter 100% des malades" du sida

    10. Hier

      Violences/Amiens : deux mineurs mis en examen

    1. Hier

      "Inferno": nouveau best-seller de Dan Brown ?

    2. Hier

      RDC : la rébellion du M23 pour une pause

    3. Hier

      Af.Sud : le site web de la police piraté

    4. Hier

      RER B : un homme gravement blessé

    5. Hier

      La rencontre Copé/Fillon reportée à lundi

    6. Hier

      Algérie : Bouteflika "va bien et se repose"

    7. Hier

      Une initiative franco-allemande en juin

    8. Hier

      Cyclisme-Giro : Giovanni Visconti récidive

    9. Hier

      1.000 euros collés au distributeur

    10. Hier

      Anne-Sophie Lapix reprend "C à vous"

    1. Hier

      Nucléaire: l'Iran a accéléré le rythme

    2. Hier

      France : création d'un label pour les PME

    3. Hier

      Affaire du fisc/US : elle refuse de témoigner

    4. Hier

      Livret A : la collecte nette augmente

    5. Hier

      RDC : 30.000 déplacés ont fui leurs camps

    6. Hier

      Mort du comédien Antoine Bourseiller

    7. Hier

      Norvège: un ex-élu pris dans une affaire de moeurs

    8. Hier

      Bangladesh-France : un accord sur la sécurité

    9. Hier

      Système U se lance dans les livres en ligne

    10. Hier

      Le Bild opte pour le semi-payant sur internet

    1. Hier

      Présidence UMP : Copé et Fillon réunis jeudi

    2. Hier

      Pour le PS, l'UMP est "divisée comme jamais"

    3. Hier

      Syrie : fuite massive des Palestiniens

    4. Hier

      Apple, marque la plus "puissante" du monde

    5. Hier

      Une Femen avec un faux pistolet à Notre-Dame

    6. Hier

      Affaire Bettencourt : les raisons du non-lieu de Woerth

    7. Hier

      Foot : Manuel Pellegrini va quitter Malaga

    8. Hier

      Lyon : Baby et Népal ne seront pas euthanasiées

    9. Hier

      Foot : Ibrahimovic ne sait pas s'il va rester

    10. Hier

      PSA : vers une négociation sur la compétitivité

    1. Hier

      Pfizer veut céder sa part dans Zoetis

    2. Hier

      Arras : liquidation de l'usine Fraisnor

    3. Hier

      VIDÉO - Luis Suarez en gardien de but

    4. Hier

      Islande: un référendum sur l'adhésion à l'UE ?

    5. Hier

      Mort de Henri Dutilleux à 97 ans

    6. Hier

      Jean-Yves Le Drian jeudi à Moscou

    7. Hier

      Attentat de 1982 de Londres : une inculpation

    8. Hier

      Tennis : Del Potro forfait pour Roland-Garros

    9. Hier

      Merkel, femme la plus puissante (encore)

    10. Hier

      Bagdad : tuerie dans une maison close

    Europe 1 sur les réseaux sociaux
    L'interview de Jean-Pierre Elkabbach
    Europe 1 Vidéos

    Pour retrouver les vidéos d'Europe1, cliquez ici

    Humour, politique, culture, sport, économie, découvrez toutes les vidéos d'Europe1.

    Toutes les vidéosVidéos les plus vues
    Nous vous recommandons