Les prêtres n’adoubent pas tous la prière d’André Vingt-Trois, qui vise le mariage homosexuel.
L'appel du président des évêques de France à mobiliser les fidèles le 15 août pour défendre le modèle de la "famille traditionnelle" et, en creux, s'opposer au projet de mariage homosexuel, a largement dépassé le cadre religieux. Mais l’initiative d’André Vingt-Trois ravive paradoxalement les divisions au sein de l’Eglise : parmi les prêtres, les avis sont plus que partagés.
"Cet acte me paraît maladroit"
Officiant dans le 17e arrondissement de Paris, Michel Lelong est plus que sceptique, au micro d'Europe 1. "Cet acte me paraît maladroit. Je pense que dans une prière, ce n’est pas le moment d’aborder des problèmes très délicats qui font débat en France. Je lirai bien sûr le texte du cardinal XXIII mais je me permettrai un commentaire en disant que l’important dans ce texte n’est pas d’aborder un débat de société", réagit-il, avant d’ajouter : "l’important c’est, ensemble, de prier pour notre pays et pour la fraternité entre tous les peuples qui est la condition de la paix".
Une prière devenue "un tract pour les citoyens"
Prêtre de l'église Saint Merri, dans le quartier du Marais à Paris, Jacques Merienne est, lui, plus tranché : il ne lira pas le texte préparé par sa hiérarchie. "Nous avons préféré faire différemment, et rédiger un texte autour de témoignages de vie des paroissiens", a-t-il confié au journal Le Monde. Une prise de liberté assumée par ce prêtre qui estime que l’Eglise sort de son rôle en organisant la lutte contre le mariage homosexuel. "Il est un peu dommage qu'il y ait une arrière-pensée sur le débat autour du mariage homosexuel, la prière envoyée aux Chrétiens est devenue un tract pour les citoyens", déplore-t-il.
Officiant en Seine Saint-Denis, le père Bernard Berger estime aussi qu'avec cet appel, "l’Eglise fait de la politique et ce n’est pas son rôle". "Marie est prise en otage, alors que ce droit est une avancée de la société, pas une menace contre la famille traditionnelle", renchérit l’ancien évêque d’Evreux, Mgr Gaillot, dans les colonnes du Parisien.
"Un Parlement, ce n'est pas Dieu le Père"
A Lyon, le cardinal Philippe Barbarin est d’un tout autre avis : l’Eglise a son mot à dire dans les débats de société, surtout lorsque l’Etat se montre à ses yeux trop intrusif. "Notre désir est que la loi n'entre pas dans des domaines qui dépassent sa compétence. Un Parlement est là pour trouver du travail à tout le monde, (...) pour s'occuper de la sécurité, de la santé ou de la paix. Mais un Parlement, ce n'est pas Dieu le Père. (…) Que chacun garde le sens des limites de sa responsabilité!", s’est insurgé l’archevêque de Lyon dans les colonnes du Progrès.
"Quand on la lit dans son intégralité, c’est clairement une prière pour tous les gens qui souffrent de la crise, pour la famille et les enfants. Alors, où est le problème d’appeler à prier pour que les enfants aient la joie d’avoir un papa et une maman ?", renchérit l’abbé Pierre-Hervé Grosjean, qui officie à Saint-Cyr-l’Ecole, dans Le Parisien.
"Il doit y avoir débat. Or il n'y en a pas"
Porte-parole de la Conférence des évêques de France, Mgr Bernard Podvin se montre, lui, plus pédagogue. "Ce n'est un scoop pour personne que de dire que l'Eglise s'oppose au mariage homosexuel", a-t-il rappelé sur France Inter.
"Mais si ce n'est pas un scoop, il doit y avoir débat. Or il n'y en a pas", a poursuivi le porte-parole de l’Eglise, avant d’ajouter : "c'est une question au sens sociologique, anthropologique du terme. Il y a profondément un choix de civilisation qui concerne le modèle familial comme la fin de vie".
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