ENQUÊTE- Des places dans les centres d'hébergement restent inoccupées à cause du plan grand froid inactif.
Un mort dans la rue en début de semaine à Lorient, un décès par semaine à Paris et dans sa région. Les décès des sans-abri se multiplient en France et pourtant le plan grand froid n'est pas activé dans la plupart des régions, la faute à la douceur des températures. Selon les dernières estimations, près d'une personne sur deux à la recherche d'un hébergement d'urgence n'y a pas accès. Les appels au 115, le numéro du Samu social, affluent en cette période de l'année.
Y a-t-il des places disponibles ?
En ce moment, de nombreux centres ont des places inoccupées. C'est le cas, par exemple, au Fort de Nogent, en région parisienne, qui accueille chaque hiver près de 160 sans-abri. Cet hiver, il y a toujours près de 160 lits mais vingt places sont actuellement disponibles.
"Nous sommes opérationnels" :
"C'est du gâchis.Toute l'équipe est là. Nous sommes organisés pour accueillir un maximum de gens. Du gâchis parce qu'on sait qu'il y a plein de gens dehors, qui veulent être mis à l'abri. Ils nous appellent pour nous demander pourquoi ils ne peuvent pas venir et on ne peut pas répondre. C'est la première fois où l'on se retrouve dans ce paradoxe : d'avoir des places et de ne pas pouvoir accueillir les gens qui en ont besoin", déplore Jean-Pierre Husson, directeur de ce centre géré par l'Armée du salut.
Pourquoi le plan grand froid n'est pas activé ?
Le plan grand froid est activé lorsque l'on prévoit des températures négatives toute la nuit. Par exemple, lorsqu'il fait -5°c, les capacités d'hébergement augmentent de moitié dans les centres d'accueil. A Toulouse, mercredi, le plan grand froid a été levé. Du coup, sur les 11 lits disponibles depuis une semaine, 70 ont été supprimés, au plus grand désespoir des sans-abri. "On peut appeler dix fois, vingt fois. On nous dit qu'il faut qu'on se débrouille dehors, qu'on trouve un coin dans la rue abrité à côté d'un immeuble, comme c'est mon cas. Je vais me récupérer des cartons et je vais installer mon duvet. C'est n'importe quoi…", déplore Patrick, ce SDF qui s'est à nouveau retrouvé à la rue. D'autant que dans la ville rose, le 115 est obligé de refuser près de neuf appels sur dix.
Quelle est la position du gouvernement et des associations ?
Le gouvernement avait décidé de faire des SDF le grand chantier national 2008-2012. Parmi les propositions, il était même question de mettre fin à cette gestion saisonnière de l'hébergement très critiquée par les associations.
"Les gens, ils peuvent se déboruiller" :
"On gère le 115 au thermomètre alors qu'il faudrait le gérer à la demande. C'est-à-dire qu'on regarde quelle température il fait et à partir du moment où il ne fait pas si froid que cela, les gens ils peuvent se débrouiller. De fait, il y a une forme de cynisme politique qui consiste à dire : après tout, s'ils sont dehors c'est qu'ils l'ont bien cherché. Il ne fait pas si froid, on les laisse. Dans un pays riche comme le notre, on a tout intérêt à faire en sorte de ne pas arriver jusqu'à ces situations humanitaires. Même économiquement, en termes de santé publique, de délinquance, de production, on a tout intérêt à veiller à ce que personne ne dérape totalement", explique Mathieu Angotti, directeur général de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars).
Les associations souhaitent qu'il y a ait des places disponibles tout au long de l'année, rappelant que les sans-abri meurent plus l'été que l'hiver dans la rue. "Si on veut sortir les gens de la rue définitivement", ajoute Mathieu Angotti, "il faut les accompagner toute l'année".
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