Ecoles privées : la grève qui étonne

Par Rémi Duchemin et Noémie Schulz

Publié le 8 septembre 2011 à 14h31 Mis à jour le 8 septembre 2011 à 15h14

Les syndicats de l'enseignement privé entendrent protester contre la suppression de 1.350 postes prévues à la rentrée 2012.

Les syndicats de l'enseignement privé entendrent protester contre la suppression de 1.350 postes prévues à la rentrée 2012. © Maxppp

Les syndicats du privé appellent à la grève pour le 27 septembre. Un fait rare. Explications.

Le fait est rarissime, sinon totalement inédit en France. Jeudi, cinq syndicats de l’enseignement privé ont appelé à se joindre à la journée de mobilisation lancée par leurs homologues du public, le 27 septembre prochain. La raison de leur colère : les suppressions de postes , qui concernent les établissements privés comme ceux du public.

"Depuis 2008, plus de 5.000 emplois ont été retirés dans l'enseignement privé associé à l'Etat par la mise en oeuvre de la RGPP (révision générale des politiques publiques) alors que les prévisions d'effectifs sont fortement à la hausse", écrivent la Fep-CFDT, le Snec-CFTC, le Spelc, le SNPEFP-CGT et le Synep-CFE-CGC dans un communiqué commun. Environ "1.350 suppressions d'emplois sont à nouveau envisagées (en 2012) pour l'enseignement privé", déplorent-ils. Pour la rentrée 2011, ce sont 1.433 postes qui ont été supprimés, alors que les effectifs ont augmenté de 60.000 élèves.

Deux millions d’élèves, 140.000 enseignants

C’en est donc trop pour les syndicats, qui sortent de leur traditionnelle réserve. "C’est vrai, la grève n’est absolument pas culturelle dans l’enseignement privé", a confirmé sur Europe 1 Luc Viehe, secrétaire général du syndicat professionnel de l’enseignement libre catholique . "Nous considérons qu’avant d’appeler à la grève, il y a d’autres moyens d’intervention. Et nous préférons de manière générale, être présents à notre poste. C’est notre priorité, c’est notre conscience professionnelle." Mais la situation est devenue suffisamment intenable pour que le secteur s’enflamme.

L’enseignement privé sous contrat avec l’Etat concerne en France entre 15 et 17% des élèves, soit plus de 2 millions d’écoliers, collégiens et lycées. Avec de vraies disparités géographiques. Dans l’académie de Rennes, l’enseignement catholique est plébiscité : 40% des élèves y sont inscrits. A Paris, ils sont près de 30%. A Strasbourg en revanche, on tombe sous la barre des 10%.

Ces élèves sont encadrés par 139.525 professeurs. S’ils ne sont pas fonctionnaires, ils sont tout de même payés par l’Education nationale, sous le statut d’agents de droit public. Ils font le même nombre d’heures que leurs collègues du public, et doivent suivre les mêmes programme. C’est donc en toute logique qu’ils sont touchés aussi par les suppressions de postes.

Le précédent 1984

Avec des conséquences plus visibles, car le privé ne dispose pas d'un réservoir de professeurs pour assurer par exemple des remplacements, contrairement au secteur public. "Une suppression d’emploi dans le premier degré, c’est une fermeture de classe", assure Luc Viehe, du syndicat professionnel de l’enseignement libre catholique. "Une suppression d’emplois dans le second degré, c’est l’offre de formation qui est réduit, donc moins d’options par exemple. Ce sont aussi des établissements qui peuvent fermer, faute d’enseignant. Ce sont enfin des classes surchargées dans d’autres endroits."

Et la grogne est générale, si bien que les syndicats affichent leur optimisme. "Bien étonnamment, malgré ce manque de culture de la grève, nous sommes convaincus que la participation sera relativement massive à cette journée du 27 septembre", veut croire Luc Viehe. L’histoire lui vient en aide. La précédente grande mobilisation de l’enseignement privé date du 24 juin 1984. Entre 550.000 et 2 millions de personnes avaient défilé à Paris pour protester contre la loi Savary remettant en cause l’enseignement privé dans le secondaire. François Mitterrand avait retiré le projet de loi trois semaines plus tard. L’affaire avait coûté sa place au Premier ministre Pierre Mauroy, démissionnaire trois jours plus tard.

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