Doux : les dirigeants au banc des accusés

Par Europe1.fr avec AFP

Publié le 1 juin 2012 à 21h36 Mis à jour le 2 juin 2012 à 09h56

Le leader européen de la volaille, qui pèse 3.400 salariés en France, vient d'être été placé en redressement judiciaire pour six mois.

Le leader européen de la volaille, qui pèse 3.400 salariés en France, vient d'être été placé en redressement judiciaire pour six mois. © MAXPPP

Le volailler vient d'être placé en redressement judiciaire. À la demande des dirigeants.

Les dirigeants de Doux ont-ils eu raison de déclarer leur groupe en cessation de paiement ? La question était sur toutes les lèvres vendredi soir. Le leader européen de la volaille, qui pèse 3.400 salariés en France, vient d'être été placé en redressement judiciaire, pour six mois, par le tribunal de commerce de Quimper.

Un administrateur judiciaire a été nommé et assistera la direction "dans la mise au point d'un plan de continuation en France, privilégiant l'emploi et la pérennité de l'entreprise", a indiqué Doux dans un communiqué.

Le groupe, connu pour sa marque "Père Dodu", est plombé par une dette estimée à plus de 430 millions d'euros. La direction a passé la semaine à mener des négociations avec ses créanciers, sous l'égide du ministère du Redressement productif.

Le ministère regrette une "décision personnelle"

© MAX PPP

Mais les dirigeants ne seraient pas allés assez loin dans les négociations, regrettent de nombreux acteurs. Le ministère a ainsi critiqué une "décision personnelle" du dirigeant Charles Doux, relevant de "sa seule responsabilité", dans un communiqué commun avec le ministère de l'Agriculture.

"Le ministère du Redressement productif s'est mobilisé sans relâche pour trouver une solution équilibrée permettant le maintien de l'activité du groupe et la sauvegarde de ses 4.000 emplois", selon le communiqué. "Charles Doux a pris la décision personnelle de refuser cette solution qui garantissait l'apport de 35 millions d'euros au groupe. Cette décision relève de sa seule responsabilité", insiste le ministère.

Banque créancière du volailler, Barclays se dit elle aussi "extrêmement déçue par la décision de M. Doux d'abandonner les discussions en cours et de déposer le bilan aujourd'hui. Cette décision a été prise unilatéralement, sans consultation des parties prenantes travaillant au sauvetage de l'entreprise".

Doux : "pas de garanties suffisantes"

"Les modalités de ce sauvetage financier étaient en cours de finalisation à Paris entre les différentes parties prenantes pour une annonce ce jour", indique encore Barclays dans le communiqué. "Ces travaux

© doux, volailles

ont été interrompus lorsque nous avons été informés des actions unilatérales menées par M. Doux."

Jean-Charles Doux, directeur général délégué et fils de Charles Doux, rétorque quant à lui que sa décision était nécessaire, et promet des jours meilleurs au groupe. Il assure dans un communiqué que les plans de refinancement proposés "reposaient sur des solutions à court terme qui n'offraient pas de garanties suffisantes sur la continuité et la préservation des intérêts régionaux historiques du groupe".

Le volailler annonce par ailleurs qu'il mettra en place "rapidement un plan d'aide destiné aux fournisseurs stratégiques et aux éleveurs afin qu'ils ne subissent aucune difficulté". De 700 à 800 éleveurs travaillent sous contrat avec le groupe volailler en France, selon la Confédération française de l'aviculture.

La liquidation : une bouffée d'oxygène ?

Le redressement judiciaire sera l'occasion pour le volailler de "mettre au point un nouveau plan d'affaires centré sur ses activités françaises", détaille Doux, qui précise que "les autorités publiques déploient tous leurs efforts pour que la procédure qui s'ouvre, essentiellement technique et liée au niveau d'endettement, n'affecte pas ses opérations".

Jean-Luc Guillart, délégué central de la CFDT du groupe Doux. © MaxPPP

Une source proche du dossier avait expliqué jeudi qu'un redressement judiciaire apporterait une "bouffée d'oxygène car la dette ne serait plus exigible, et créerait un cordon sanitaire entre la France et le Brésil", siège d'une filiale très déficitaire. Cette filiale - Frangosul - acquise en 1998, a en effet fait l'objet en mai d'un accord de "location" avec JBS, géant brésilien de l'agro-alimentaire, qui n'a pas repris la dette, estimée à 294 millions d'euros par la CGT.

"Le redressement judiciaire est pour nous la garantie du versement de nos salaires, mais nous avons peur d'un plan social", a résumé le délégué central de la CFDT du groupe Doux, Jean-Luc Guillart, au micro d'Europe1. "Nous espérons la venue d'un repreneur, mais tout dépendra de sa stratégie en matière d'emploi. Ce que nous redoutons à l'heure actuelle, c'est le démantèlement", confie le syndicaliste.

Un comité central d'entreprise est prévu mardi.

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