Contrainte pénale : ces détenus "préfèrent" la prison

Dans les couloirs de la maison d'arret de Villepinte, en Seine-Saint-Denis.
Dans les couloirs de la maison d'arret de Villepinte, en Seine-Saint-Denis. © MAXPPP
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avec Chloé Triomphe
REPORTAGE E1 - A la prison de Villepinte, cette mesure de la réforme pénale de Christiane Taubira laisse perplexes les condamnés concernés.

LE DEBAT. La contrainte pénale : c'est la grande innovation que propose la réforme pénale de Chrisitiane Taubira. Celle aussi qui cristallise peut-être le plus grand nombre de critiques à l'égard de la garde des Sceaux et de son projet. Cette nouvelle peine, portant sur les délits passibles de 5 ans de prison maximum, s'effectuerait en milieu ouvert. Le but ? Lutter plus efficacement contre la récidive et désengorger les prisons. Le texte prévoit cependant une incarcération dans le cas où le condamné ne suit pas ses obligations.

>> Europe 1 s'est rendue à la maison d'arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, a la rencontre des condamnés éligibles à cette sanction pénale. Sans détour, ni hypocrisie, ils confient que pour eux, tant qu'il n'y a pas de prison, il n'y a pas vraiment de sanction.

" J'ai pris la sanction à la légère".  Sami avait 18 ans quand il a été condamné à 200 heures de travail d'intérêt général (TIG) pour des faits de violence.  "J'en ai fait la moitié et c'est tombé en période d'été, au mois de juillet", raconte-t-il au micro d'Europe 1. "Avec les copains, le sport, le foot, la piscine, j'ai dit : 'bon, j'arrête mes TIG, j'en ai marre'. J'ai pris la sanction à la légère, je me suis dit 'je m'en fous, je les fais pas'", regrette-t-il aujourd'hui.

"A un moment donné, il faut que j'arrête". De son côté, Mickaël, 30 ans, compte cinq condamnations dont trois pour conduite sans permis. D'abord placé sous bracelet électronique, il n'a pas respecté les obligations de sa peine. "Il me restait deux mois de bracelet et voilà : j'ai fait le con.  J'ai récidivé, j'ai repris la voiture et je me suis fais attrapé", explique-t-il.  "Je me dis que c'est bien fait pour moi et qu'à 30 ans, à un moment donné, il faut que j'arrête".  

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© MAX PPP

La prison, une "solution"… Face à ces profils de petits délinquants, la cible de la future contrainte pénale, la directrice de la maison d'Arrêt de Villepinte s'avoue fataliste. "On a le cas typique de quelqu'un qui ne tiendra pas parole et ne tiendra pas ses obligations. La prison, il va peut-être trouver cela injuste, mais en même temps que c'est peut-être la seule solution pour lui", estime Cathy Christophe.

…pas la panacée. Une solution qui reste pourtant loin d'être idéale. A Villepinte, la surpopulation atteint  170%. Il faut attendre des mois pour avoir accès au travail, aux formations et même au sport. Les courtes peines y ont rarement accès et dans leur cas, confie la directrice, la prison n'aura pas contribué à leur réinsertion.

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