Assaut contre Merah : la version du Raid

Par Marion Sauveur avec Pierre De Cossette

Publié le 23 mars 2012 à 14h16 Mis à jour le 23 mars 2012 à 20h02

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RECIT - Le patron du Raid a livré des éléments sur l'opération, vue de l'intérieur.

L'opération menée par le Raid contre Mohamed Merah a été particulière à plusieurs points de vue. En plus d'être l'une des plus longues jamais menée par les policiers d'élite, elle les a confrontés à un jeune homme de 23 ans extrêmement déterminé. Retour sur cet assaut, vu de l'intérieur, avec Amaury de Hauteclocque, patron du Raid, qui s'exprime au micro d'Europe 1.

Mercredi, 3 heures : début de l'intervention.Les policiers du Raid tentent de rentrer dans l'appartement de Mohamed Merah. Réveillé par cette tentative d'intrusion, Mohamed Merah réplique et blesse deux policiers. Son immeuble est cerné.

Au même moment, sa mère, son frère et la compagne de celui-ci sont placés en garde à vue. La mère du jeune homme est amenée sur place, mais elle ne souhaite pas entrer en contact avec son fils.

Mercredi, 5 heures : les négociations débutent. Après l'échec de leur mission, les équipes du Raid amorcent des négociations. Durant plusieurs heures, Mohamed Merah parle beaucoup. Mais pas à n'importe qui. Le jeune homme demande à parler avec le policier de la Direction régionale du renseignement intérieur (DRRI) de Toulouse qu'il avait rencontré en novembre dernier, comme l'explique le directeur central du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, sur LeMonde.fr. Il lui confie son engagement au profit d'Al-Qaïda et de la cause djihadiste et explique pourquoi il s'est attaqué à des militaires et s'en est pris à l'établissement scolaire juif. "Il a même dit à ce policier : "de toute façon, je devais t'appeler pour te dire que j'avais des tuyaux à te donner, mais en fait, j'allais te fumer'".

"Un protocole de confiance mutuelle" semblait exister, se rappelle Amaury de Hauteclocque, patron du Raid. Mais au final, il s'avère que son flot de parole "c'était comme un testament, avant de partir", assure le chef des équipes policières.

En milieu de matinée, puis dans l'après-midi, le suspect numéro un dans le cadre de la tuerie de Toulouse affirme vouloir se rendre. "J'avoue volontiers que lors des phases de négociation il y a eu des moments d'optimisme", confie le patron du Raid, "si j'avais pu passer 20, 40, 50, 60 heures à négocier avec lui, je l'aurais fait volontiers pourvu que nous puissions l'appréhender en vie".

Ce ne sera jamais le cas. "Il ne souhaitait que se reposer pour mieux nous affronter", juge Amaury de Hauteclocque. Plusieurs fois, tout au long de la journée, les policiers vont tenter de rentrer dans l'appartement. En vain. A chaque fois, ils seront accueillis par des tirs d'armes à feu.

Mercredi, 22h45 : le dernier contact. Après avoir plongé à 21h tout le quartier dans le noir, Mohamed Merah établit le dernier contact avec le Raid. Il affirme que, finalement, il ne se rendra pas.

Toute la nuit, le Raid a tenté de lui mettre la pression en l'empêchant de dormir, à coup de grenades. "On a essayé de le fatiguer toute la nuit avant d'opérer la reprise des lieux", explique aujourd'hui Amaury de Hauteclocque. Ce sera donc en vain. "On a aucune certitude sur son état physique, on ne sait pas s'il est vivant ou mort", ajoute-t-il.

Ce que ne savaient pas les policiers, c'est qu'en réalité Mohamed Merah préparait l'accueil des policiers. Pour le chef du Raid, il avait fait de son appartement "une zone de combat". "Tout était barricadé. Il avait aménagé des recoins et des tanières". Il "attendait (l'assaut, ndlr) dans une posture de combattant, avec une détermination sans faille".

Jeudi 10h30 : l'assaut final.L'opération débute avec trois fortes détonations pour signe de dernier avertissement. Les hommes en intervention progressent lentement et explorent l'appartement pièce par pièce avec des moyens vidéo.

"Nous avions une idée très précise de l'endroit où il était, mais cette idée devait être corroborée. C'est la raison pour laquelle nous avons progressé très prudemment dans l'appartement", raconte le chef du Raid. Ce qui explique qu'il a fallu près d'une heure avant que les policiers du Raid arrivent jusqu'à la salle de bain. "C'est vous dire la lenteur et la précaution que nous avons prise pour progresser", ajoute-t-il.

Jeudi 11h25 : Mohamed Merah sort de sa cachette. Alors que les policiers du Raid progressent dans l'appartement et s'approchent de la salle de bain - la dernière pièce à explorer -, le jeune homme les attaque. "Il est venu à l'engagement contre nous avec trois Colt 45 de calibre 11.43 alors que nous avions engagé uniquement des armes non-létales", se souvient Amaury de Hauteclocque.

"J'avais donné l'ordre de ne riposter qu'avec des grenades susceptibles de le choquer. Mais il a progressé dans l'appartement, et il a tenté d'abattre mes hommes qui étaient placés en protection sur le balcon. C'est probablement l'un des snipers qui l'a alors touché", a raconté Amaury de Hauteclocque.

"C'est la première fois de ma vie que je vois quelqu'un, alors que nous lançons un assaut, venir mener l'assaut contre nous", relève le patron du Raid. "Il avait tout organisé, il me l'avait d'ailleurs précisé avant la rupture du contact. Il a dit 'je vous attends et je vous tuerai'". Mohamed Merah tombe, après avoir tiré environ 30 cartouches. Au total, près de 300 munitions ont été tirées par les hommes du Raid.

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