50% des médicaments sont inutiles

Déjà pointé du doigt suite à l'affaire du Mediator, l'industrie pharmaceutioque est de nouveau critiquée. Les pouvoirs publics ne sont pas épargnés par le livre de Philippe Even et Bernard Debré.
Déjà pointé du doigt suite à l'affaire du Mediator, l'industrie pharmaceutioque est de nouveau critiquée. Les pouvoirs publics ne sont pas épargnés par le livre de Philippe Even et Bernard Debré. © MAX PPP
  • Copié
avec Anne Le Gall , modifié à
Le constat de deux experts est accablant : la France gaspillerait plus de 10 milliards par an.

L’Afssaps a beau avoir été transformée en Agence du médicament suite au scandale du Mediator, rien n’y fait : le système de contrôle des molécules mises sur le marché reste aussi opaque selon deux spécialistes, les professeurs Philippe Even et Bernard Debré. Ces derniers ont donc décidé de passer au crible les 4.000 médicaments les plus répandus pour en pointer les vertus mais aussi et surtout les dangers. Un gaspillage qui coûte cher en termes de santé mais aussi de finances publiques.

LA MÉTHODE : 20.000 études compilées en un livre

14.09.Guide.medicament.DR

© CHERCHE MIDI

Première précision, Le guide des médicaments n’apporte aucune révélation. Le mérite des professeurs Even et Debré est d’avoir compilé toutes les études sur les médicaments commercialisés en France pour en faire un résumé. Soit plus de 20.000 études condensées en 900 pages lisibles par le commun des mortels.

"C’est d’abord un outil pour les malades et les praticiens, mais aussi une matière de réflexion pour les politiques qui, théoriquement, devraient prendre des décisions", confirme pour Europe 1 le professeur Philippe Even.

"Je ne suis pas très optimiste", poursuit-il, "cela fait 50 ans que je navigue dans la profession médicale et autour du ministère de la Santé, je sais que rien n’avance bien vite". N’attendant visiblement plus grand-chose des autorités publiques, ce dernier a donc décidé de mettre à disposition de tous un outil simple et pratique.

CES MÉDICAMENTS INUTILES

Bilan de cette longue compilation : la moitié des médicaments sont inutiles, 20% présentent des risques et 5% sont même "potentiellement très dangereux". Sans donner le détail de tous ces médicaments, le professeur Philippe Even pointe plusieurs familles : "les médicaments utilisés en psychiatrie, en neurologie, certains anti-inflammatoires, les antidiabétiques mis sur le marché depuis dix ans".

Autres familles de médicaments inutiles et/ou dangereux : "les expectorants, les veinotoniques, les antitussifs ou encore les dilatateurs artériels destinés à oxygéner le cœur et le cerveau et qui n’ont absolument pas la moindre efficacité mais qui sont dangereux".

14..09.Pharmacie.medicament.sante.Maxppp.460.100

L’exemple de la pilule contraceptive "nouvelle génération"

Puis il s’attarde sur un dossier emblématique : la pilule contraceptive. "Il y a aujourd’hui pour les femmes des pilules dite de deuxième génération. Elles sont remarquablement efficaces et n’ont pratiquement aucun risque. Mais sont apparues ensuite des pilules de troisième et même de quatrième génération : elles sont toujours aussi efficaces, mais avec trois à quatre fois plus de complications sérieuses. Or elles sont sur le marché", rappelle-t-il.

"Pour une fois, l’Etat a bien fait : il n’a pas remboursé celles qui comportent un danger. Mais il devrait même aller plus loin : ces pilules devraient ne jamais avoir été inscrites sur le marché", ajoute-t-il.

>> A lire aussi : La pilule a (un peu) moins la côté

14.09.Medicament.sante.pilule.Maxppp.460.100

POURQUOI TANT DE PRODUITS INUTILES OU DANGEREUX ?

Philippe Even poursuit ensuite avec un autre exemple : les traitements pour les diabétiques. "C’est une des situations les plus scandaleuses", prévient-il. "Le diabète se traite avec deux médicaments formidables qui marchent parfaitement. Malheureusement, ils ont été mis sur le marché avant 1960, ils ne rapportent donc plus rien à l’industrie [pharmaceutique]. Donc, dans le monde entier, elle a fait des efforts formidables, a sorti douze molécules nouvelles. Or ces molécules sont beaucoup, beaucoup moins efficaces. Beaucoup plus chères selon la molécule, entre 20 et 60 fois plus. Et, enfin, elles comportent des risques d’accident potentiellement très graves : pancréatique, hépatique", détaille-t-il.

"C’est le cas typique de ce qu’est amené à faire l’industrie pharmaceutique pour s’assurer des marchés financièrement intéressant, elle n’hésite pas à promouvoir des médicaments qui ne valent pas grand-chose, même lorsqu’ils ont des risques majeurs et elle le sait", accuse Philippe Even.

14.09.Sante.pharmacie.medicament.Maxppp.460.140

COTÉ FINANCE, des milliards pour de la "poudre de perlimpinpin"

Laisser sur le marché des médicaments inutiles voire dangereux est déjà inquiétant, mais qu’ils soient remboursés par la Sécurité sociale l’est tout autant. Surtout lorsqu’on découvre que la France pourrait économiser de 10 à 15 milliards d’euros.

"Il y a là un réel gisement qui permettrait de rembourser une partie de la dette ou alors d’être affecté à des postes qui vont mal : les hôpitaux, les infirmières, la vieillesse, la dépendance, le handicap, les maladies psychiatriques. Partout, l’argent manque de façon criante. C’est d’autant plus dommage de jeter de l’argent par les fenêtres pour des poudres de perlimpinpin", poursuit le professeur Philippe Even.

Et ce dernier de conclure par un parallèle édifiant : "la France dépense le double de l’Angleterre. Pourtant, les Anglais vivent aussi longtemps que nous, ne sont pas plus malades que nous et ils paient leurs médicaments deux fois moins cher que nous. Il faudrait peut-être, dans le contexte de crise actuel, en tirer une conclusion".

>> A lire aussi : Santé : comment juguler les dépenses