Le jeu du foulard, oublié de la prévention

Par Europe1.fr avec Raphaële Schapira et AFP

Publié le 26 janvier 2012 à 08h07 Mis à jour le 26 janvier 2012 à 08h07

Le jeu du foulard a tué une soixantaine d'enfants dans les deux années passées. Au moins... © MAXPPP

Les jeux dangereux restent fréquents à l’école. Les associations interpellent les autorités.

L’école est un grand lieu de prévention. L’alimentation, l’hygiène dentaire, la prévention routière ou encore, plus récemment, le harcèlement… nombreux sont les sujets abordés face aux élèves. Mais il en est un qui semble oublié par les pouvoirs publics : les jeux dangereux, et sa déclinaison la plus connue, le jeu du foulard. Selon un sondage Ipsos, réalisé auprès d'un échantillon représentatif de 1.012 enfants de 6 à 15 ans, pour l’Association de parents d’enfants accidentés par strangulation (Apeas), ce type de jeu d’évanouissement reste encore très pratiqué dans les cours de récréation.

Selon cette étude, un enfant sur dix s'est déjà livré à un jeu dangereux. 63% d’entre eux connaissent au moins un jeu d’apnée ou d’évanouissement. Le "jeu du foulard" (51%) et le "jeu de la tomate" (34%), qui consiste à retenir sa respiration le plus longtemps possible, sont les plus connus.

"C’est choquant"

"C’est à l’école primaire que la plupart (82%) des enfants entendent parler de ces jeux pour la première fois, essentiellement par l’intermédiaire de copains (71%) qui trouvent ça drôle", constate l'association. Un enfant sur quatre (26%) a déjà vu quelqu’un jouer à ces jeux, essentiellement dans l’école.

"C’était en primaire", confirme un adolescent rencontré par Europe 1 au collège du Val d’Oise, à Domont. "Eux, ils étaient en CM2 nous on était en CE2. On voulait faire comme eux, donc on l’a fait." Une camarade évoque la pression sociale. "Ceux qui font ça, c’est surtout ceux qui n’ont pas d’amis, c’est plutôt pour se faire accepter dans les groupes", assure-t-elle. "Ils disent par exemple : si tu veux jouer avec nous, il faut que tu arrêtes de respirer pendant deux minutes ou pendant cinq minutes. C’est choquant."

Et c’est seulement quand ils assistent à un accident qu’ils prennent réellement conscience du danger. "Il est tombé dans les escaliers et après il a fait une crise d’épilepsie, avec des convulsions", raconte ainsi une adolescente qui a assisté à l’une de ces scènes. Une camarade reprend. "Il tremblait et tout, c’était bizarre. On aurait dit un portable qui vibrait."

Les jeux d’étranglement, ce sont pas moins d’une soixantaine de morts en France sur les deux dernières années. Et encore, ce chiffre pourrait être plus important, car il ne prend en compte que les cas signalés par les parents. Les décès d’enfants sont classés en quatre catégories très rigides : la maladie, le suicide, l'accident domestique ou l'homicide. Et si un adolescent est victime d'un jeu dangereux, ce n'est pas forcément mesuré. Pas plus que ne sont pris en compte les séquelles telles que le handicap, la surdité, les difficultés d'apprentissage, les maux de tête. Il est donc bien difficile d’appréhender l’ampleur du phénomène.

"Mettre la prévention dans le programme scolaire"

Le professeur Bertrand Chevalier, chef du service pédiatrie à l'hôpital Ambroise Paré de Boulogne, se bat depuis dix ans pour faire connaître ce problème. Le médecin a déjà remis un rapport sur le sujet il y a 18 mois, sans suite. Pourtant, les outils existent. "Il y a une institution, en France, qui est l’InvS (institut de veille sanitaire, ndlr), qui a tous les éléments pour travailler, à partir du moment où le ministère de la Santé décide de dire qu’on doit s’intéresser à ce sujet", assure le professeur. "Donc on a les compétences, et ces compétences doivent être utilisées rapidement."

"On a les compétences" :

Mais pour l’heure, la prévention est quasiment inexistante dans les établissements scolaires. Seules deux associations, souvent tenues par des parents qui ont perdu leurs enfants, interviennent bénévolement auprès des élèves. Soit une dizaine d’intervenants pour toute la France. Françoise Cochet, qui a perdu son fils Nicolas en 2000, est de ceux-là. "Les solutions sont extrêmement simples et ne sont pas onéreuses", assure la présidence de l’Association de parents d’enfants accidentés par strangulation. "Il faut mettre la prévention dans le programme scolaire. C’est d’ailleurs ce que Xavier Darcos (alors ministre de l’Education, ndlr) avait demandé en 2007 : que les profs de SVT, de sport aussi, prennent en charge cette prévention. Qu’elle devienne automatique."

"Mettre la prévention au programme" :

Aujourd’hui, les seules mesures engagées par le ministère de l'Education consistent en la distribution de brochures sur les dangers des jeux et l’interdiction, dans certaines écoles, du port des écharpes.

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