L'euro est-il si fort que ça ?

Par Gaétan Supertino

Publié le 6 février 2013 à 16h27 Mis à jour le 7 février 2013 à 07h19

La France soulèvera la question du niveau de l'euro, qu'elle juge trop fort en ce moment, lors de la réunion de l'Eurogroupe lundi prochain à Bruxelles et dans le cadre du G20

La France soulèvera la question du niveau de l'euro, qu'elle juge trop fort en ce moment, lors de la réunion de l'Eurogroupe lundi prochain à Bruxelles et dans le cadre du G20 © REUTERS

La valeur de la monnaie unique grimpe en flèche. L'exécutif, de Hollande à Moscovici, s'en alarme.

L'INFO. Le gouvernement part en croisade contre la hausse de l'euro. "Son niveau n'est pas un élément négligeable pour notre croissance", a prévenu Pierre Moscovici mercredi, lors du Salon des entrepreneurs. Le ministre de l’Économie a annoncé qu'il interpellera les gouvernements de la zone euro, lors d'une réunion prévue lundi prochain. "La question doit être posée (aussi) au niveau du G20", a-t-il insisté.

Hollande refuse "une Europe à la carte"

© MAXPPP

• Tout l'exécutif s'y met. L'Europe "laisse sa monnaie, l'euro, vulnérable à des évolutions irrationnelles dans un sens ou dans un autre", avait déjà chargé mardi François Hollande, dans son discours devant le Parlement européen, en appelant à une "indispensable réforme du système monétaire international". La semaine dernière, Nicole Bricq, la ministre au Commerce extérieur, prévenait déjà : "la montée de l'euro peut être pénalisant pour nos entreprises".

• Une hausse relative, mais rapide. Lors de son lancement en 1999, l'euro valait 1,1665 dollars. Sa valeur tourne aujourd'hui autour de 1,35 dollars et reste ainsi loin des sommets d'avril 2008 (1,60 dollars). Mais c'est sa poussée fulgurante qui inquiète le gouvernement, puisqu'elle a bondi de 10% depuis juillet dernier.

• En quoi est-ce dangereux ? "Le niveau élevé de l'euro est un handicap de compétitivité pour les entreprises françaises à l'international", décrypte David Cousquer, gérant de l'observatoire de conjoncture Trendeo, cité par l'Expansion. Le mécanisme est simple : les entreprises qui exportent fixent leur prix en euro, mais leurs clients achètent dans une autre monnaie. Si l'euro est trop fort, ces clients ont moins de pouvoir d'achat, donc ils achètent moins. Résultat : "les sous-traitants, TPE et PME mettent la clé sous la porte car leurs carnets de commande sont vides et les perspectives sont moroses", constate David Cousquer. Une difficulté qui se confirme en période de crise. "Les marges des entreprises sont actuellement sous pression, renchérit Bruno Cavalier, économiste chez Oddo, cité par Le Monde. Il leur est très difficile d'absorber un tel choc."

>> À réécouter : selon l'éditorialiste d'Europe1, Éric Le Boucher, l'euro "surévalué" sera au centre des débats européens pendant les mois qui viennent :

• Des entreprises qui tirent la sonnette d'alarme... Selon Bercy, si la montée actuelle de la monnaie se poursuivait pendant un an, cela représenterait une baisse de 0,3 point de PIB. Et d'après une étude de l'Insee en date de 2008, une appréciation de 10% de l'euro par rapport aux autres devises se traduirait par un "recul significatif" de la croissance française, de l'ordre de 0,5 point de PIB par an. Au-delà de l'exécutif, la pression commence donc aussi à monter chez les chefs d'entreprise. EADS rappelle régulièrement qu'une baisse du dollar de 10 centimes par rapport à l'euro annihile 1 milliard de dollars de son résultat d'exploitation. LVMH voit dans la montée de l'euro "le principal point noir de 2013". Et "c'est un handicap qui nous oblige à répercuter 3 à 5% de hausse tarifaire", confie-t-on également chez le leader du foie gras Delpeyrat, cité par Le Figaro.

"L'euro est trop haut", s'inquiète Arnaud Montebourg

• ... d'autres qui s'en réjouissent. Certaines entreprises s'y retrouvent, car un euro fort permet d'acheter pour moins cher à l'international. Ainsi, les groupes qui importent beaucoup de produits venant de l'extérieur de la zone euro voient dans un euro fort une hausse de pouvoir d'achat. "Un euro fort est plutôt un atout pour nos achats hors zone euro, notamment en Europe de l'est (13% de nos achats) et en Asie (17%)", explique ainsi la direction de Conforama dans le Figaro. De plus, tous les pays de la zone euro ne sont pas logés à la même enseigne. Ainsi, les entreprises allemandes, qui vendent une majeure partie de leurs produits en Europe, se réjouissent d'un euro fort… jusqu'à un certain point. Selon une récente étude de la Deutsche Bank, le niveau à partir duquel l'économie est fragilisée se situerait entre 1,22 et 1,24 dollar pour la France, mais entre 1,54 et 1,94 dollar pour l'Allemagne.

• Que peuvent y faire les gouvernements ? En zone euro, la Banque centrale n'intervient pas pour changer le taux de change, car cela ne rentre pas dans ses missions. Les États pourraient tenter de l'influencer pour que cela change, mais ils s'y refusent pour le moment, notamment sous pression allemande. Bercy entend davantage mettre la pression sur les pays hors zone euro, notamment la Chine, et bientôt, le Japon, qui mènent tous une politique de dévaluation monétaire.

  • a a
9

Et aussi

> Suivez l'info Europe 1 en continu sur , et réagissez sur

En ce moment sur Europe 1

Les dernières infos économiques
  1. 16h07

    Économies : le détail des 50 milliards sur 3 ans

  2. 13h51

    Plan de stabilité : "un bras d'honneur politiquement correct"

  3. 12h07

    Déficit : le gouvernement table sur 3,8% en 2014, 3% en 2015

  4. 09h35

    Combien d'euros en moins dans le portefeuille des retraités ?

  5. 07h04

    Croissance : le Haut conseil des finances publiques plutôt optimiste

  6. Hier

    Suisse : bientôt un Smic à 3.240 euros ?

  7. Hier

    Economies : "Le dialogue avec le gouvernement continue" (Le Roux)

  8. Hier

    L'incompétence coûte cher aux entreprises françaises

  9. Hier

    Le château de Catherine Deneuve est en vente

  10. Hier

    Lepaon appelle les salariés à se "mobiliser"

  1. Hier

    Taxis : la fréquentation en baisse de 20% ?

  2. Hier

    Déficit : les trois scénarios alternatifs du PS à la méthode Valls

  3. Hier

    Xavier Beulin : les charges des agriculteurs "vont baisser de 3%"

  4. Hier

    Dosettes : Nespresso s'engage à modifier ses pratiques commerciales

  5. Hier

    Réduction des déficits : Montebourg veut des "contreparties" de Bruxelles

  6. Hier

    La Redoute supprime son "gros catalogue"

  7. Hier

    Reims : bonne nouvelle sur le front de l'emploi

  8. Hier

    La création d'entreprises en baisse en mars

  9. Hier

    PSA : en colère, ils offrent leurs primes aux Restos du Coeur

  10. Hier

    Smic : la proposition de Gattaz est "esclavagiste"

  1. Hier

    Angola : le projet à grande échelle de Total

  2. Hier

    3% de déficit : Sapin promet de les atteindre sans délai

  3. Hier

    Les eurodéputés votent l'union bancaire

  4. Hier

    Nantes : la fermeture de l'usine de la Seita confirmée

  5. Hier

    Smic : la proposition choc de Pierre Gattaz

  6. Hier

    La Société Générale condamnée à payer 2 millions d'euros

  7. Hier

    Ecotaxe : Royal veut faire payer les camions étrangers

  8. Hier

    Tarifs EDF : Pas de hausse avant le mois d'août

  9. Hier

    Alstom : 180 postes menacés en France

  10. Hier

    Quand l'Allemagne embauche, c'est toute l'Europe qui se précipite

  1. Hier

    Jeux en ligne : les paris sportifs ont la cote

  2. Hier

    Sapin : "3% en 2015, c'est notre stratégie budgétaire"

  3. Hier

    Nantes : l'usine de la Seita devrait fermer

  4. Hier

    Les banques ont supprimé 80.000 postes en 2013

  5. Hier

    La BCE envisage d'agir contre l'euro fort

  6. Hier

    SFR : Bouygues s'estime victime "d'anomalies"

  7. Hier

    Les chiffres de Pôle emploi labellisés

  8. Hier

    La Cour des comptes épingle l’endettement des hôpitaux

  9. Hier

    La Sécu a dépensé 1,4 milliard de moins que prévu en 2013

  10. Hier

    "Guerre des oursons" : Lindt reprend l’avantage

  1. Hier

    Electricité : la justice impose une hausse rétroactive des tarifs

  2. Hier

    FagorBrandt : feu vert espagnol à Cevital pour un rachat

  3. Hier

    Déficit : Sapin croit à "l'objectif des 3%"

  4. Hier

    Recul historique du travail à domicile

  5. Hier

    Lauvergeon : "Des bruits viennent de gens qui ne me veulent pas du bien"

  6. Hier

    La TVA fête ses 60 ans

  7. Hier

    Les 3 Suisses devraient supprimer 198 postes

  8. Hier

    Travail dominical : les magasins de bricolage resteront bien ouverts

  9. Hier

    Dette : Barnier ne veut pas "un nouveau sursis" de Bruxelles

  10. Hier

    Alcool : nous buvons "moins mais mieux"

Europe 1 sur les réseaux sociaux
L'édito économique
Des fonctionnaires toujours plus nombreux  

Des fonctionnaires toujours plus nombreux

D'après l'Insee, le nombre d'agents des services publics et administratifs a continué de grimper en France, en 2012, malgré l'annonce des suppressions de postes.

Europe 1 Vidéos

Pour retrouver les vidéos d'Europe1, cliquez ici

Humour, politique, culture, sport, économie, découvrez toutes les vidéos d'Europe1.

Toutes les vidéosVidéos les plus vues