La Conquête : Sarkozy, un homme seul au pouvoir

© Emilie de la Hosseraie / Mandarin Cinéma
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Fabienne Cosnay , modifié à
CRITIQUE - Europe1.fr a vu le film, projeté à Cannes et qui sort dans les salles mercredi.

"C'est l'histoire d'un homme qui conquiert le pouvoir et perd sa femme". Voilà comment le scénariste Patrick Rotman résume La Conquête, retraçant l’ascension de Nicolas Sarkozy jusqu’à l’Elysée.

Le réalisateur a choisi d’installer son récit sur une journée, le 6 mai 2007, jour du deuxième tour de la présidentielle. A l’écran, le spectateur découvre un Nicolas Sarkozy nerveux et seul, portable vissé à la main, triturant son alliance. Toute la journée, le prétendant à l’Elysée tente de convaincre sa femme, Cécilia, de venir le rejoindre. Au fil des heures, Nicolas Sarkozy se remémore les moments forts de sa vie politique et privée depuis avril 2002. De son arrivée place Beauvau comme premier flic de France à la campagne électorale de 2007.

Cécilia Sarkozy omniprésente à l’écran

Des flashbacks qui promènent le spectateur dans les coulisses du pouvoir, avec, en fil conducteur, le drame amoureux qui se joue entre Nicolas Sarkozy et son épouse. "Cécilia s'est beaucoup confiée et j'avais donc des sources directes. Mais ces scènes ont été les plus difficiles à écrire", reconnait Patrick Rotman.

Pour le scénariste, La Conquête ne pouvait se passer de cet aspect. "Il était absolument impossible de raconter le côté politique de cette ascension sans aborder la vie privée de Nicolas Sarkozy. Car celle-ci a eu une incidence" estime le documentaliste.

Regardez la bande-annonce :

Personne n’a été oublié dans l’entourage de Nicolas Sarkozy. Il y a d’abord, sa femme et conseillère personnelle, interprétée à l’écran par Florence Pernel. Sans faire de révélations fracassantes, le film revient sur le rôle prépondérant joué par l’ex-épouse du chef de l’Etat dans la quête de pouvoir de Nicolas Sarkozy. "Il faut que tu dépoussières la politique, que tu les ringardises", lance Cécilia Sarkozy, à l’écran.

La Conquête montre comment le couple présidentiel, décidé à jouer la transparence, a transformé les règles de la communication politique. Comment aussi Cécilia Sarkozy a préparé le sacre de son mari comme président de l’UMP au Bourget, le 28 novembre 2004, avec, pour la première fois en France, un show à l’américaine. Le film évoque enfin les derniers mois de la campagne pendant lesquels elle s’effacera peu à peu.

Sarkozy, Chirac, Villepin, des scènes savoureuses

Les rivalités entretenues entre Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac d’une part et Dominique de Villepin de l’autre, donnent les scènes les plus réussies du film. "L’intention n’était pas de faire une caricature", souligne Patrick Rotman. Denys Podalydès incarne un Nicolas Sarkozy plus vrai que nature. Phrasé, débit de parole, gestuelle, transformation physique, le comédien n’a négligé aucun détail du personnage. Bernard Le Coq, qui joue Jacques Chirac et Samuel Labarthe, Dominique de Villepin, sont aussi très crédibles.

Les échanges verbaux du trio sont souvent drôles, les insultes fusent, les petites phrases - la plupart véridiques - s’enchaînent et devraient plaire au spectateur. "L'énorme majorité des scènes ont été inventées, mais le contenu politique de la discussion est juste, avec le souci de procéder à une reconstitution minutieuse et fidèle", affirme Patrick Rotman.

Regardez cette scène où Chirac et Sarkozy s’affrontent :

Dernier cercle retracé par La Conquête, celui des conseillers de la campagne présidentielle. Mention spéciale à Dominique Besnehard qui campe l’énigmatique conseiller Pierre Charon (incroyable quand il imite Ségolène Royal !) et à Mathias Mlekuz, qui interprète le directeur de la communication de Nicolas Sarkozy Franck Louvrier. Tous ces conseillers de l'ombre, comprenant aussi Laurent Solly, Rachida Dati et Henri Guaino, se retrouveront confrontés de près ou de loin aux hauts et bas du couple présidentiel. Mais il s’agit de mettre en place la campagne. La Conquête montre comment la "machine" se met en place, comment les déplacements du candidat Sarkozy sont organisés sur les terres frontistes, la stratégie mise en place pour courtiser l’électorat ouvrier, etc.

Un Sarkozy plus humain

Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà annoncé, dans un entretien à Télérama, qu’il n’irait pas voir La Conquête. Le film est pourtant loin de lui être défavorable. A Cécilia, le mauvais rôle, à lui, celui de l'amoureux délaissé par sa femme. "Ce film n'est ni pour ni contre Sarkozy", estime Patrick Rotman. "Les sarkophiles resteront sarkophiles, les sarkophobes resteront sarkophobes", pronostique le scénariste. Pas si sûr. A la sortie du film, les spectateurs auront sans doute une vision plus positive de l'homme qu’en entrant dans la salle.

Retrouvez Interviews, extraits et critiques dans notre dossier spécial La Conquête

Le casting de La Conquête :

Denis Podalydès : Nicolas Sarkozy

Florence Pernel : Cécilia Sarkozy

Bernard Le Coq : Jacques Chirac

Hippolyte Girardot :Claude Guéant

Samuel Labarthe : Dominique de Villepin

Mathias Mlekuz : Franck Louvrier

Grégory Fitoussi : Laurent Solly

Pierre Cassignard : Frédéric Lefebvre

Saida Jawad : Rachida Dati

Michel Bompoil : Henri Guaino